Je m’appelle Roxane et j’ai 4 ans et demi.
Je me languissais à la SPA lorsque la râleuse et moi nous sommes vues pour la première fois il y a de cela 9 mois et, dès le premier regard, ça a été un coup de foudre réciproque.
La râleuse, faut bien le dire, si elle est plutôt cool, elle ne connaissait rien aux chiens et il a fallu que je l’éduque avec douceur et patience. Mais je suis assez satisfaite du résultat.
Ce qui nous a aidé à bien nous entendre, c’est qu’on partage une même passion pour la promenade et comme nous avons la chance d’avoir un grand parc cerné d’un petit bois à tout juste un kilomètre de notre doghouse, c’est clean.
Ce qui nous a aidé à bien nous comprendre, c’est la fréquentation, dans le parc, d’autres chiens et chiennes propriétaires d’humains déjà bien dressés qui m’ont aidée à faire son éducation.
Mais il y a des humains qui me resteront toujours incompréhensibles et en voici un exemple dans l’histoire vécue que je vous conte ci-après :
Ce dimanche matin ensoleillé, nous partons d’un pas guilleret en direction de l’école des chiens située à environ deux kilomètres de notre niche.
On voit bien que c’est le jour de repos des humains car, à neuf heures, la circulation automobile est pratiquement nulle, tous les volets des pavillons que nous longeons sont encore fermés et ce n’est pas notre trottinement feutré qui risque de perturber le silence ambiant.
Nous déambulons tranquillement sur le trottoir lorsque, soudainement, des aboiements sauvages viennent rompre ce parfait moment de paix. Derrière les grilles d’un jardin qui borde le trottoir opposé, un énorme chien berger allemand, dressé sur ses pattes arrières (exprès, j’en mettrais ma patte au feu, pour accentuer son aspect impressionnant) hurle sa fureur d’être enfermé ; une fureur attisée par un sentiment de jalousie, j’en suis persuadée, de me voir déambuler fièrement en traînant la râleuse en laisse. Je l’avoue, j’ai mon caractère aussi. Et pas toujours commode. Ainsi, je n’ai pas pour habitude de me faire invectiver sans répliquer et je me précipite vers lui en jappant mon indignation.
La râleuse, la pauvre, tente bien, en tirant désespérément sur sa laisse, de m’entraîner loin de ce chien atrabilaire.
Quel résultat espère t’elle obtenir avec ses malheureux cinquante trois kilos de chair molle contre mes presque vingt kilos de muscles rageurs ? Alors que le belliqueux berger allemand et moi, de l’orgueilleuse et obstinée race des bergers hollandais, nous engueulons comme des forcenés, des volets claquent, une fenêtre s’ouvre à l’étage d’un pavillon auquel je tourne le dos.
Une voix de femme criaille : « C’est bientôt fini ce barouf ! ».
Si elle escompte rétablir le silence avec ce filet de voix ridicule, elle rêve la femme tronc. Tant que berger allemand s’obstinera à m’agresser de ses gueulements, je continuerai à m’époumoner.
Pas question de lui laisser le dernier aboiement.
« Eh, vous ! Vous allez nous emmerder encore longtemps avec votre bestiau ? »
Tiens ! La femme tronc est accouplée à un homme tronc et c’est lui qui rugit en levant un poing menaçant.
La râleuse est bien trop occupée à tirer sur la laisse pour tenter de me décramponner du morceau de trottoir auquel je m’agrippe de mes quatre pattes griffues pour répondre à l’énergumène.
Et l’autre qui, sans tenir compte de sa bonne volonté, s’agite à la fenêtre comme une marionnette en vociférant :
« Y’en a marre. C’est tous les matin que vous venez asticoter ce clébard pour le faire aboyer. Vous avez rien d’autre à fiche ?
Je vous préviens, si je vous vois encore une fois dans le coin, je le descends à coups de fusil votre clebs. »
Ben dis donc, c’est pas Guignol « Bonjour les petits enfants. », la marionnette !
La râleuse, elle en reste coite et moi ça me coupe le sifflet.
Du coup, elle en profite pour m’entraîner à sa suite.
Quand même, je l’ai trouvé « gonflé » l’homme tronc.
Prétendre que nous sommes coutumiers de venir titiller le berger allemand tous les matins, c’est faire preuve d’une sacrée mauvaise foi.
Et pour la gêne occasionnée, qui est à blâmer ? Nous, passants paisibles assaillis par un molosse agressif ou le propriétaire de ce chien irascible qui le laisse exprimer son caractère acariâtre en toute impunité ?
Mais ce qui nous a le plus sidérés, la râleuse et moi, c’est cette menace de m’abattre à l’aide d’un fusil. Un peu radical comme procédé, non ?
Voilà bien ce qui me sera toujours incompréhensible chez certains humains : cette volonté ou pire encore ce manque d’imagination qui les poussent à régler leurs problèmes, à assouvir leurs colères ou leurs rancœurs avec des armes.
La râleuse, elle, a un avis assez fataliste à ce sujet. Elle dit : « Le fusil c’est le pénis du mec qui n’a pas de couilles »









