Jugez plutôt : Midi-Libre : Peut-on amener un enfant à une corrida ? J. Besson : On voit de plus en plus d’enfants qui assistent à ces spectacles -si on peut appeler une corrida ainsi- à ces événements, en tout cas, dont on dit qu’ils sont plus ou moins traumatisants. On considère que les paramètres d’un traumatisme sont l’intensité du choc, la brutalité, quelque chose auquel on ne s’attend pas, et hors des capacités de contrôle de l’individu et enfin l’absence de sens. Est-ce qu’une corrida entre dans cette définition ? La question reste posée. Cela étant, un enfant va toujours à la corrida accompagné et il est plus soumis qu’un adulte à des phénomènes d’identification. D’eux vont dépendre sa réaction face à une corrida.
ML : A qui s’identifie-t-il ? JB : D’abord, il va calquer ses réactions sur celles de son papa ou de sa maman, il va aussi s’identifier aux acteurs de la corrida. Et on ne peut prévoir à qui. Au torero, au toro, ou au cheval ? Selon le personnage auquel il va s’identifier, il verra les choses de façon tout à fait différente Je connais une petite fille qui avait été complètement fascinée par l’habit de lumière, qui était tombée amoureuse du torero à l’age de 4 ans. Elle n’avait pas du tout réagi à la mort du toro. Une autre qui faisait de l’équitation ne supportait pas que le cheval soit mis à mal par le toro. Françoise Dolto disait que dans un dessin d’enfant, il étai très important de savoir où il se situait dans son dessin. Une corrida est une mise en scène. Il y a un jeu d’identifications croisées qui fait que les émotions de l’enfant sont contenues.
ML : Faut-il préparer l’enfant à ce qu’il va voir ? JB : Tout à fait. Il faut que les parents proposent un sens à ce qui se passe dans l’arène, expliquer pour que l’enfant puisse surmonter ses émotions. La mort du taureau est quelque chose de ritualisé. Que l’on soit d’accord ou non avec ce rite n’est pas le sujet. C’est beaucoup moins traumatisant que de voir la violence à la télévision sans filtre. Quand les enfants vivent quelque chose dans la réalité, ils en éprouvent de la souffrance, de la douleur . Dans les fermes les enfants voyaient tuer le cochon. Mais c’était une souffrance vécue dans le corps, rendue charnelle, incorporée. Quand il regarde un jeu vidéo ou la télé, il n’éprouve pas de souffrance. Les enfants sont décalés par rapport à la réalité et c’est vrai qu’il y a un danger. C’est beaucoup plus dommageable pour la construction de sa personnalité.
ML : On serine aux enfants qu’il ne faut pas faire de mal aux animaux. N’y-t-il pas un risque de reproduction ? JB : L’enfant passe par des phases pulsionnelles, dont certaines sadiques. Un spectacle comme la corrida peut effectivement titiller ses pulsions sadiques. Mais en même temps on lui propose une mise en scène où cette violence est contenue dans un ensemble de règles. D’ailleurs l’éducation en général consiste à lier leurs pulsions à des règles, à leur apprendre à ne pas les exprimer de façon sauvage.
ML : A quel âge un enfant peut comprendre ce rituel ? JB : A chaque chose de la vie on peut donner une explication. On peut parler aux enfants, leur expliquer le sens que nous donnons à la corrida. On peut tout expliquer aux enfants très jeunes à condition de faire confiance en leurs capacités de compréhension. Bien sûr à 3 ans ils n’ont pas les mêmes facultés que nous. Mais ce qui est important, c’est qu’ils sentent qu’il y a quelque chose à comprendre. On pourra y revenir plus tard.
ML : Comment peut-on expliquer une corrida ? JB : Là, c’est l’aficionado qui parle. Dans une corrida, il y a plusieurs niveaux de lecture. On peut y voir un spectacle barbare, la lutte de l’humanité contre la bestialité. On peut aussi y distinguer les deux éléments structurants d’une personnalité. La sexualité, à travers l’émoi que provoque le torero chez les dames. Et la mort bien évidemment. Eros et Thanatos.
Nos commentaires : De toute évidence ce praticien est aficionado avant même d’être médecin, C’est grave. Il ne se pose pas de question : hors la corrida point de salut ! Pour lui, elle est obligatoire, nécessaire, incontournable, ce qui évidemment oriente son discours tout entier. Heureusement qu’il prend le soin de préciser qu’il ne prétend pas asséner de vérités. OUF ! Il avance que la corrida n’est pas un spectacle mais un rituel. Cela lui facilite bien les choses car, il est hélas vrai que les pires exactions sont commises depuis la nuit des temps et partout dans le monde, y compris sur des humains, sous les fallacieux prétextes du respect de rituels de toutes sortes. Malgré son statut de praticien, son argumentaire assorti de quelques notions de base (référence à Françoise Dolto), ne diffère pas fondamentalement des arguties habituelles récitées par les adeptes de la tauromachie ibérique, notamment en ce qui concerne l’ « éducation » à donner aux individus, et pas seulement aux enfants, pour les « former » (déformer dirons-nous) à l’aficion. Les pies ne faisant pas des moineaux, les parents et amis aficionados s’avèrent être de bons éducateurs. Plus effarant, à la question : « faut-il préparer l’enfant à ce qu’il va voir ? », réponse péremptoire : « Tout à fait ! » et revenant au rite : « Que l’on soit d’accord ou non avec ce rite, là n’est pas le sujet ».Paf ! on ne discute pas ! Un aveu qui n’est pas pour nous déplaire : « Un spectacle comme la corrida peut effectivement titiller les pulsions sadiques de l’enfant ».Certes les termes utilisés sont quelque peu édulcorés par rapport aux nôtres mais quand même... ! Par contre prétendre que « les émotions de l’enfant sont contenues » nous parait inexact. Pour nous, elles sont « formatées ». « Humanité contre bestialité » : encore un poncif d’autant plus navrant qu’il est utilisé par un thérapeute. C’est fou ce que la passion peut dépasser la raison, même chez un médecin de l’âme.
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