En ce qui nous concerne, au fil du cheminement qui a abouti à notre détermination militante, il nous a fallu choisir la direction que nous allions imprimer à nos actions. Ce ne fut pas un choix aisé, et au regard des résultats rarement palpables de la forme de militantisme que nous avons adopté, on est à toute heure tenté par l’action directe qui (dans le secteur dont nous nous préoccupons) garantit par exemple la libération d’un certain nombre d’animaux auxquels des souffrances sont injustement imposées. Ce qui nous retient (jusqu’à présent, ah, ah), c’est que nous ne sommes pas persuadés que l’action directe est efficace en tant que tactique. Elle permet certes de sauver un nombre (limité) d’individus animaux, mais nous n’avons aucune assurance qu’elle ouvre à la perspective d’un changement concernant des millions d’animaux.
Dans les milieux anglosaxons, il nous semble que l’action directe (presque nécessairement accompagnée d’une violence matérielle) porte jusqu’à présent ses fruits et rallie l’assentiment d’un large public. Ces actions, bien ciblées, ont permis de libérer un nombre non négligeable d’animaux, mais plus utile encore, elles ont révélé au public des conditions de détention (dans les élevages industriels) et d’expérimentations particulièrement indéfendables. Il en va tout autrement en Belgique et en France où les quelques rares actions ont surtout durci l’opposition à tout changement.
A nos yeux, il ne s’agit pas de savoir si des actes de violence sont, ou ne sont pas, justifiés (en fait il nous paraît parfaitement justifié de contrevenir à la loi au regard des traitements coutumièrement réservés aux animaux). Ce qui nous préoccupe, c’est que des actes de violence risquent de polariser la violence, tout au moins entre les militants et ceux qui sont directement touchés (éleveurs/vivisecteurs, etc.) voire même d’engendrer une polarisation de la violence entre les militants et toute la communauté (ce qui, à coup sûr, est le cas, lorsque la violence blesse physiquement une personne - humaine-). Ce climat rendrait impossible l’usage de la raison (désarmant de la sorte les nombreux militants qui ont choisi cette voie d’expression) et déservirait très certainement les animaux eux-mêmes.
Il nous semble en somme que le militantisme pour l’égalité animale se doit d’être particulièrement attentif à prévenir l’escalade de la violence, même dans ses actions les plus anodines (ex : distribution de tract, choix des slogans accrocheurs, etc.). Sa force, il la trouve entièrement dans son implication éthique, aussi, il doit sérieusement réfléchir avant de se départir de sa position de supériorité morale.
Désolé pour la longueur de ces quelques réflexions que votre courrier nous a inspiré. N’hésitez pas à nous recontacter afin que nous puissions nous rencontrer, en toute simplicité,
A Bientôt, Cordialement,
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