En vitrine, une robe exposée et, devant la vitrine, un couple.
Elle, pendue au bras de son compagnon, se pâme et roucoule : « Chéééééééééééri, regarde cette splendide robe en peaux de bambins européens ! C’est exactement la toilette dont je rêvais ! Tu vas me l’acheter, hein ? »
La peste soit de ces coquettes qui favorisent le commerce de peaux de bambins !
Peu leur importe que ces gosses soient arrachés à des parents trop pauvres pour les élever.
Ce commerce ignoble a commencé courant des années 20 ?5 avec pour victimes les enfants des pays dits sous-développés - et qui sont surtout exploités par les super grandes puissances - quand certaines catégories de classes privilégiées se sont lassées de la fourrure animale devenue trop commune. Pensez donc, même les femmes de prolétaires pouvaient exhiber des vestes et manteaux en fourrures d’agneaux, de loups, ou de renards.
Alors l’idée a jailli du cerveau d’un industriel de la mode ingénieux et opportuniste : bien sûr rien ne pourrait remplacer le cuir et la fourrure animale pour la fabrication des vestes et des manteaux mais pourquoi ne pas les assortir avec des vêtements en peau humaine ? De préférence celle de bambins âgés de trois à sept/huit ans quand la peau présente encore un aspect satiné, quand elle est encore vierge de toutes marques dues aux outrages du temps. L’expérience prouvait que c’était réalisable et, pour sauvegarder la morale, on ne prélèverait que des parcelles de peau au cours d’opérations effectuées dans des cliniques spécialisées. La rareté du produit ne ferait qu’ajouter au prix des vêtements ainsi réalisés.
Dans certains pays les enfants étaient de toute façon condamnés à mourir à cause de la famine ; les parents, ces imbéciles qui, plus ils étaient pauvres plus ils procréaient, ne seraient que trop heureux d’en sacrifier certains pour en sauver d’autres.
Quoique récalcitrants au départ, les dirigeants politiques des pays sollicités eurent vite fait de comprendre leur intérêt lorsqu’une manne de prestigieux cadeaux leur fut généreusement offerte et ils donnèrent leur accord sous réserve qu’un quota d’achats de bambins soit respecté. Bientôt, le snobisme aidant, les peaux de bambins des pays défavorisés perdirent de leur intérêt auprès de la richissime clientèle et ce furent les dirigeants politiques de toutes nations confondues qui furent courtisés pour qu’autorisation soit donnée aux industriels de la mode de prélever de la peau de bambins partout dans le monde. Une peau que les fabricants appelaient communément peau de bambin européen ce qui était un non sens car elle provenait tout autant des pays occidentaux que ceux d’Amériques ou de l’Union Soviétique.
En l’an de grâce 20 ?8, les commerces de luxe purent en toute légalité exposer des vêtements en peaux de bambins dans leurs vitrines.
La nouvelle mode remporta un si vif succès que bientôt, comme po ur tout commerce lucratif, les trafiquants s’emparèrent à leur tour de l’idée pour se lancer dans un commerce parallèle.
Plus question d’échanger les bambins contre espèces sonnantes et trébuchantes alors qu’il était si facile de les kidnapper.
Plus question de prélèvements de peaux parcimonieux avec d’onéreux frais de clinique alors qu’il était de toute façon plus prudent de supprimer l’objet du rapt après l’avoir dépecé du cou jusqu’aux pieds.
Les trafiquants battaient la campagne pour enlever les bambins quand ces derniers ne leur étaient pas vendus à bas prix par des gens de leur propre race pendant ces guerres ethniques au cours desquelles les tribus se décimaient.
Les captifs étaient jetés en vrac dans des cages où ils accomplissaient un long périple pendant lequel on les laissait dans leurs déjections avec, de temps à autre, un jet d’eau destiné tout autant à les nettoyer qu’à les abreuver. Beaucoup périssaient étouffés mais qu’importait il en restait toujours suffisamment à l’arrivée pour des ventes à des commerçants peu scrupuleux.
Le hululement insistant de la femme : « Chééééééééééééri… » a fini…. Par me réveiller !
En fait de hululement, mon réveil matin qui stridulait.
Ouf ! Ce n’était qu’un affreux cauchemar.
Un cauchemar dû à la scène à laquelle j’avais assisté la veille et qui m’avait profondément choquée :
Derrière une vitrine un manteau de fourrure était exposé et devant la vitrine un couple.
La femme, pendue au bras de son compagnon, se pâmait et roucoulait :
« Chhhhhhhhhhéri, regarde ce splendide manteau en peaux de chats sauvages ! C’est exactement la parure dont je rêvais ! Tu vas me l’acheter, hein ? »
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