
Chasse aux oiseaux d’eau : « Réduire l’ouverture, c’est diminuer les recettes »
Actuellement se déroule, sous l’égide du ministre de l’Écologie, une table ronde entre protecteurs de la nature et chasseurs. Les chasseurs veulent tirer les oies en février, avec des prélèvements maximums autorisés (PMA). Or un rapport du GEOC, Groupe d’experts sur les oiseaux et leur chasse, donne la mi-janvier comme début de date de migration des oies. Explications du président de la Convention Vie et Nature pour une écologie radicale.
Charlie Hebdo : Quels sont les enjeux de cette réunion ?
Gérard Charollois : Tous les ans, le ministère prend, vers le mois de janvier, un arrêté de fermeture de la chasse aux oiseaux d’eau. Or, depuis 1987, ces dates font l’objet d’un contentieux entre amis des oiseaux et chasseurs. Une directive européenne du 2 avril 1979 relative à la conservation des oiseaux interdit de les chasser pendant les périodes de reproduction et, s’agissant des migrateurs, « lors de leur trajet de retour vers leurs lieux de nidification ». Ce qui distingue la chasse française des chasses des autres pays européens tient à son refus de toute évolution, de toute adaptation, de toute limitation. Les chasseurs français veulent « tuer le migrateur quand il passe », et plutôt deux fois qu’une : en automne lors de la descente vers le sud, en fin d’hiver lors du retour vers les sites de nidification, en violation du droit européen.
En quoi cela concerne-t-il plus précisément les oies ?
Avec le réchauffement climatique, les oiseaux remontent plus tôt vers le nord. Ainsi, les oies migrent dès la mi-janvier et c’est donc au 15 janvier qu’il faudrait fermer leur chasse. Cela n’est pas acceptable pour les loueurs de huttes, ni pour ceux qui font de la chasse un fonds de commerce électoral. Alors ils cherchent à biaiser et proposent de manière totalement ridicule d’instaurer des PMA. Si, par démagogie politicienne, l’État cédait, une fois de plus, aux chasseurs et passait outre la directive européenne, la CVN porterait plainte auprès des instances communautaires.
Qui contrôlerait les PMA ?
La France n’a qu’une police de la chasse exsangue : 1 500 agents pour tout le territoire, soit une quinzaine par département. Il est dès lors totalement illusoire, voire malhonnête pour les pouvoirs publics, de faire croire qu’ils pourraient édicter des prélèvements maximums autorisés d’oiseaux. Les PMA ne seraient jamais atteints, et, en pratique, cela revient à ouvrir la chasse à toutes les espèces, sans véritable contrôle. Il est peu probable que la Cour de justice des communautés valide une telle malhonnêteté.
Ça rapporte, la chasse aux oiseaux d’eau ?
Sous couvert de pseudo-traditions se cachent de sordides intérêts financiers, car des loueurs tirent de juteux profits de la location des postes de chasse des oiseaux d’eau, avec la complicité bienveillante de l’administration, qui, sur ce terrain fiscal, comme dans tous les autres, a peur de ce monde de la chasse, État dans l’État. Réduire le temps d’ouverture du grand massacre, c’est diminuer les recettes colossales des locations de huttes et autres gabions.
• CVN, Francbaudie, 24380 Veyrines-de-Vergt, 06 76 99 84 65, adhésion : 20 euros. Gérard Charollois a publié Pour en finir avec la chasse. La mort-loisir, un mal français, aux éditions Imho, à commander en librairies ou sur le site de la CVN.
• Entretien complet dans « La Puce de la semaine » sur www.charliehebdo.fr









