
Aïd-el-Kébir : la République (toujours) complice de la religion
« Les religions pataugent dans le sang des hommes et des animaux. […] Quand les autorités politiques et administratives [de droite ou de gauche] auront-elles le courage d’interdire ces pratiques répugnantes ? » (Xavier Pasquini1, « Sale saison pour les moutons ! », Charlie Hebdo n° 98, 11 mai 1994). Qu’elle soit musulmane, chrétienne ou juive, la religion n’est pas tendre avec les animaux — avec les humains non plus, d’ailleurs. Idée (bonne) : si on séparait l’État de la religion, pour en faire un État laïque ? 1905 : séparation des Églises et de l’État — une bonne chose de faite, se dit-on. Un siècle plus tard, rien n’a changé : dans nos fermes, on tue la dinde pour Noël, pour Pâques le mignon petit agneau, si attendrissant, qu’on a tenu dans les bras, des prêtres bénissent les toreros et les équipages de chasse à courre. Et l’abattage rituel, halal et casher, est pratiqué chaque jour dans nos abattoirs — où l’on tue par ailleurs « normalement2 » 3 millions (3 MILLIONS !) de mammifères et d’oiseaux par jour. C’était une petite introduction à la si mal nommée « Fête du mouton », Aïd-el-Kébir ou Aïd-el-Adha, qui débutera le 27 novembre. Ce vendredi. Aïe.
1. Pasquini ? Un grand frère. Journaliste écologiste de grands talent et qualité, Xavier est mort d’une crise cardiaque en mars 2000.
2. Pas vraiment… Il faut arrêter de faire croire que la mort peut être donnée aux animaux sans qu’ils éprouvent souffrance et angoisse.
Surtout, bien effilées, les lames
Une fois de plus, quelque 200 000 ovins (vendus environ 200 euros le mouton par nos bons chrétiens d’éleveurs, pas innocents) et 4 000 bovins auront la gorge tranchée en toute conscience, contrairement à la loi, qui oblige d’étourdir les animaux avant la mise à mort, mais conformément au décret n° 97-903 du 1er octobre 1997 (article 8), pris sous le gouvernement Jospin — merci, la gauche —, qui permet ainsi d’infliger une extrême souffrance à des êtres sensibles qui la ressentent. Comment est-ce encore possible ? Mais les pratiquants des religions juive et musulmane n’ont rien à craindre non plus de la droite. En septembre dernier, Nicolas Sarkozy, par l’intermédiaire de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, a rassuré les deux communautés : l’abattage rituel sera maintenu en France.
Quelques règles très strictes, tout de même, mais si peu respectées, qui accompagnent ce décret. L’abattage doit être obligatoirement pratiqué dans un abattoir (article R. 214-73 du Code rural). En cas d’infraction : 6 mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende (article L. 237-2 I du Code rural). Par ailleurs : « L’immobilisation par un procédé mécanique est obligatoire, avant et pendant la saignée. […] Il est interdit de suspendre un animal encore conscient. » Halal ou casher, l’Aïd-el-Kébir, c’est tous les jours dans les abattoirs. Environ 50 % des ovins et des caprins sont ainsi tués. La viande issue de l’abattage religieux passe couramment dans le circuit traditionnel (supermarchés, restaurants, cantines, etc.), et c’est illégal. L’étourdissement par électronarcose (choc électrique) devrait être appliqué sans distinction à tous les animaux destinés à la boucherie.
• Les sévices sexuels exercés sur des animaux (article P. Pelloux, p. 7) sont assimilés à des actes de cruauté (art. 521.1 du Code pénal), leurs auteurs passibles de deux ans de prison ferme et de 30 000 euros d’amende. Que les lois soient appliquées !
• Aïd-el-Kébir : un autre texte dans « La Puce de la semaine » sur http://www.charliehebdo.fr (photos OABA).









