
Alvalle sans olé…
Été 2006. Une publicité pour le gazpacho, célèbre soupe froide espagnole, s’étale sur tous les panneaux d’affichage de France. Une jolie banderille rouge sur un taureau noir, vu de loin, dans un flou qui se veut « artistique ». C’est un taureau propre qui fait face au torero : il ne saigne pas. Je m’insurge (« Puces » n° 736 du 26 juillet) contre le fait que l’Espagne, pays magnifique, riche en architecture, au peuple merveilleux, continue à être réduite à un symbole qui fait appel à la plus barbare de ses traditions pour vanter une simple soupe. Je ne suis pas la seule à protester, Alvalle Tropicana reçoit énormément de messages. Le service consommateurs d’Alvalle se dit désolé que ce visuel ait ainsi choqué — « En associant notre produit à cette représentation, nous espérions faire comprendre qu’Alvalle est une marque traditionnelle, issue du patrimoine culinaire ibérique. En aucun cas notre intention n’a été de faire l’apologie ou d’inciter à la tauromachie » — et s’engage à ne pas reconduire cette campagne.
… flamenco sans taureau
C’est pas le tout de râler, il faut également savoir reconnaître quand s’expriment les bonnes volontés. Aujourd’hui, Alvalle affiche « La soupe froide qui vient d’un pays chaud » et présente une danseuse, volontairement floue (ah, ils ont gardé l’« artistique » !), que l’on devine de flamenco, vêtue d’une robe dont les plis, de couleur verte, font penser à des feuilles de salade — mais je dois avoir trop d’imagination… —, alors que sur une autre affiche la robe évoque des rondelles de tomate — je vous accorde que je vois des légumes partout. Quoi qu’il en soit, ça vaut le coup de ne pas accepter bêtement les produits que tentent de nous imposer les publicitaires. Et en plus, il paraît que c’est bon, on me souffle ici même, au journal ! Allons, Charlie ne va quand même pas faire de pub à la pub…
• Alvalle sans olé, flamenco sans taureau : « Les Puces » se lancent dans les alexandrins ! J’espère que mes lecteurs sauront apprécier. J’accepte les compliments.
Hé, les petits lapins, ça crame aussi !
Aucun média ne l’a dit, et, si Charlie n’en parle pas, aucun ne le fera. Les nombreux feux, la plupart allumés par des criminels qu’on appelle « pyromanes », n’ont — et bien sûr on s’en réjouit — causé « aucune victime ». Sous-entendu « humaine », car les animaux, cependant êtres sensibles, ne sont pas considérés comme tels, ni mis sur le même plan que le nombre d’hectares « partis en fumée ». Eux sont du matériel (de laboratoire), des gardiens (de maisons, de troupeaux… de banques), du bétail, ou voués aux « loisirs », même (et surtout) cruels (chasse, corrida, pêche), sont objets de consommation, etc. S’ils ne nous servent pas, leur existence n’est pas justifiée. Ils ne sont rien. Et pourtant, dans les tanières, les gîtes, les repaires, les antres, les terriers, les nids, les habitants non humains de la forêt, des maquis, des pinèdes, de la garrigue, paniqués, en grande souffrance… ont brûlé vivants.
• Chasse au gibier d’eau : le RAC (Rassemblement antichasse) râle dans « La Puce de la semaine » sur http://www.charliehebdo.fr
Luce Lapin










