
Bougrain Dubourg : « Il n’y a pas d’espèces “banales” »
Dans son dernier bouquin, Sales bêtes ? Respectons-les… (Arthaud, sorti le 17 septembre), Allain Bougrain Dubourg dénonce notre indifférence devant la souffrance, qui « demeure l’un des mots clefs du respect que l’on doit à l’animal », de ces êtres non humains, mais non moins sensibles, encore et toujours réduits à « l’animal machine » de Descartes.
Récemment, j’ai assisté, en plein Paris, avec étonnement et bonheur, à ce qu’on appelle une « volée de moineaux ». Les derniers dans la capitale ? Les oiseaux, indicateurs d’une biodiversité en danger, comme vient de le révéler BirdLife International, dont la Ligue pour la protection des oiseaux est le représentant officiel en France, dans un nouveau rapport sur l’état des populations d’oiseaux dans le monde. Explications de l’ami Allain, président de la LPO.
Charlie Hebdo : Grâce aux efforts des ornithologues et de la LPO, les vautours, les cigognes, les outardes, espèces emblématiques, sont par bonheur aujourd’hui préservés. Qu’en est-il des « oiseaux communs » ?
Bougrain Dubourg : En coopération avec les associations de protection de la nature, le Muséum national d’histoire naturelle a initié le programme STOC (suivi temporel des oiseaux communs), qui consiste à effectuer une gigantesque enquête pour faire un état des lieux des espèces. La mésange, le rouge-gorge, l’étourneau et bien d’autres ont ainsi fait l’objet d’un suivi depuis 1989, mobilisant plusieurs milliers de spécialistes. Les résultats sont aujourd’hui alarmants. Le moineau domestique a perdu 9 % de ses populations durant l’enquête — quant aux populations britanniques ou belges, elles se sont complètement effondrées —, l’hirondelle des fenêtres connaît un sort encore plus alarmant : - 39 %. Le verdier, qui se plaisait à animer les mangeoires, s’est réduit de 55 %. Quant à la pie bavarde, considérée comme une opportuniste, elle affiche une diminution de 58 %.
Inversement, et heureusement, d’autres populations sont-elles en extension ?
Je me réjouis du sort de la bergeronnette, qui montre 88 % d’augmentation, de la mésange bleue, qui progresse de 8 %, tandis que la charbonnière s’épanouit à 18 %.
Que nous apprennent ces chiffres ?
Le programme STOC révèle un constat riche d’enseignements. Les oiseaux inféodés au milieu agricole sont en effondrement, tandis que la biodiversité s’épanouit davantage dans les villes. Le poète nous recommandait de construire la ville à la campagne, gardons-nous d’un pareil projet tant que l’agriculture trouvera ses valeurs dans les pesticides et autres nitrates. Lorsque les oiseaux ne sont pas présents, c’est tout le cortège du vivant qui est affecté. Cela ne les empêche pas de continuer à se cacher pour mourir… Propos recueillis par Luce Lapin
• LPO, La Corderie Royale , BP 90263, 17305 Rochefort cedex, tél. : 05 46 82 12 34. Adhésion annuelle : 18 euros.
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