La nature du boucher

Depuis que l’association L214, relayée par Charlie Hebdo, a révélé que Charal ne respectait pas la réglementation en matière de souffrance animale dans ses abattoirs (voir « Les Puces » n° 899), le dealer de barbaque a décidé de se refaire une image, et surtout d’anticiper un éventuel boycott en relançant les appétits carnivores des Français — d’autant que la consommation de bœuf a baissé en moyenne de 5 % en trois ans. Dans un spot télé signé par l’agence Leo Burnett, la mère de famille est donc invitée à retrouver ses instincts « naturels », donc carnassiers, et à nourrir sa progéniture — qu’elle fait passer à table en l’y amenant avec les dents et par la peau du cou, comme un félin — avec de la bonne viande bien rouge et bien saignante. Certes, le retour à la « nature » animale de l’homme est un classique de la pub. Mais il est pour le moins paradoxal qu’une entreprise où l’on se soucie si peu de la souffrance des bêtes invoque cet argument pour se vendre. Si ce spot était vraiment honnête, la mère de famille qu’il met en scène ne serait pas souriante et bien coiffée, mais pendue par les pieds et en train de gigoter, les yeux exorbités, au milieu d’une chaîne d’abattage.
Gérard Biard









