La vache qui sourit sur la boîte affichée,
La poule guillerette, sur l’écran de télé,
Ignorent la torture qui leur est réservée,
Sous des dehors seyants, la triste vérité !
D’hypocrites images, Homme tu sais créer
Pour endormir l’esprit des mangeurs que nous sommes,
Pour déformer l’horreur du crime organisé
Et nous rendre complices de massacres hors normes !
Les noms appétissants donnés à tous les plats,
La haute tradition culinaire de France
Effacent l’animal tel qu’il fut avant ça,
Un être à part entière, sensible à la souffrance.
Biches et sangliers n’ont plus d’identité,
Ils ne sont que gibiers juste bons à tirer,
Les cibles du dimanche de tueurs patentés,
Ces monstres insatiables du plaisir de tuer.
On « aime » les dauphins ou son chien ou son chat
Et l’on crie au scandale, aux pratiques barbares
De ceux qui les massacrent, si loin de nous là-bas,
Quand ici chaque année, d’autres meurent, par milliards !
On a bonne conscience en dégustant sa viande,
Sa tranche de jambon, sa cuisse de poulet,
On salive d’avance et on en redemande
Car ces animaux-là n’ont pas droit au respect !
Ils ne sont que bétail, de la viande sur pattes,
Des futurs bons morceaux pour nos palais gourmands,
Des foies en devenir, qu’importe s’ils éclatent
Car c’est notre plaisir qui est plus important !
Cette ligne tracée entre la « bête » et nous,
L’espèce proclamée, à toutes supérieure
Par des dieux inventés depuis longtemps par nous,
Nous donne tous les droits envers les « inférieures » !
Nous traçons d’autres lignes, définissons des classes
Entre ceux que l’on aime pour notre compagnie,
Ceux que l’on sacrifie pour le fun, pour la chasse,
Ceux condamnés à n’être que de simples produits.
En regard des images de nos plats du soir
Pourquoi ne pas montrer les bêtes suspendues
Dans les camps de la mort que sont les abattoirs,
De notre gourmandise, victimes éperdues.
Ah la bonne conscience des nouveaux « écolos »
Qui prennent le parti d’espèces menacées,
A qui importe peu le sort des animaux
Elevés par milliards pour être consommés !
Ils n’ont jamais voulu venir en ce bas monde
Pour mener une vie de souffrance ou de peine
Avant que de connaître la fin toujours immonde
Que leur est destinée, morceaux sur une chaîne !
Rouge est le sang coulant de leurs cous égorgés !
Rouge est cette colère qui monte au fond de moi,
Hantée par les fantômes de leurs corps dévastés !
Rouge est la honte enfin d’être humaine ici-bas !
Marie-Claude LEFEBVRE









