Extrait de "Ethics Into Action – Henry Spira and the Animal Rights Movement" de Peter Singer.

 

Traduction rapide dans un français approximatif.

 

Jacquette (extrait) :

Comment une seule personne peut contribuer à améliorer le monde ? L'extraordinaire vie de Henry Spira comme activiste nous montre qu'un individu peut faire changer les choses. En réfléchissant de quelle manière les grandes entreprises peuvent être vulnérables, il a trouvé des façons de faire changer leurs pratiques et de sauver les vies et la santé d'animaux dans tous les Etats-Unis. Spira a poussé Revlon, Avon et d'autres firmes de cosmétiques à changer leurs procédures de tests si bien que la mention "non-testés sur des animaux" apparaît maintenant sur la plupart des produits cosmétiques – et est vraie. Il a fait arrêter les expériences sexuelles bizarres sur les chats d'un musée américain célèbre, a épargné à des millions de bovins américains d'avoir le visage marqué au fer rouge, et sauvé un nombre encore plus grand d'animaux d'inutiles tests pour des médicaments.

 

 

Pages 184-192 :

Henry a décrit les méthodes qu'il a utilisées pour faire changer les choses. Ce sont ses méthodes qui comptent, pas qui les utilise. Les points suivants sont listés afin que d'autres puissent continuer de se battre comme il l'a fait, que ce soit pour les animaux ou plus généralement pour les opprimés et les exploités.

 

1. Essayez de comprendre l'état d'esprit actuel du public, et où il pourrait être encouragé à aller demain. Surtout, gardez contact avec la réalité.

 

Trop d'activistes ne rencontrent que d'autres activistes et imaginent que tout le monde pense comme eux. Ils finissent par croire à leur propre propagande et perdent l'intuition de ce que le quidam moyen pense. Ils finissent par ne plus savoir ce qui est atteignable et ce qui relève du fantasme et qui a émergé de leur intense conviction qu'un changement est nécessaire. Henry a vu cela au Socialist Worker Party, où les membres étaient tellement habitués au cadre de pensée marxiste-trotskiste qu'ils perdaient contact avec le monde réel dans lequel ils essayaient de faire la révolution. Comme Henry le dit : "Vous devez avoir un détecteur de "connerie" qui tourne en permanence".

 

Henry saisit toute les opportunités de parler avec des gens en dehors du mouvement animal. Il entame une conversation avec la personne assise à coté de lui dans le bus ou le train, mentionne un sujet qui le préoccupe, et écoute les réponses. Comment les gens réagissent-ils ? Se mettent-ils eux-même à la place de la victime ? Sont-ils révoltés ? Sur quel aspect se concentrent-ils ?

 

2. Sélectionnez une cible sur la base de ses vulnérabilités à l'opinion publique, l'intensité de la souffrance, et les opportunités de faire changer les choses

 

La sélection de la cible est cruciale. Henry sait qu'il peut mener une campagne efficace lorsque qu'il se sent sûr que, comme il le disait au sujet de la loi de l'état de New York qui permettait au laboratoire de prendre des chiens et des chats dans les refuges, "cela défierait le sens commun que d'imaginer que le quidam dirait 'Hé ! ça c'est un truc sympa à faire !' "

 

Vous savez que vous tenez une bonne cible si, simplement en décrivant le problème, vous mettez votre adversaire sur la défensive. Pendant le campagne contre le musée, par exemple, Henry pouvait demander au public : "Voulez-vous que l'argent de vos impôts soit dépensée pour mutiler des chats de façons à observer leur performance sexuelle une fois mutilés ?". Le musée était immédiatement mis en position inconfortable. Les tests pour les cosmétiques était aussi une bonne cible, parce qu'ils suffisait de demander "Un nouveau shampooing vaut-il de rendre aveugles des lapins ?" pour mettre les responsables de Revlon sur la défensive.

 

Les autres éléments de ce point 2 suggère un équilibre entre le bien que la campagne peut accomplir, et ses chances de succès. Quand Henry a choisit les expérimentations sur les chats au American Museum of Natural History comme sa première cible, il était conscient qu'au mieux cela n'allait concerner qu'environ 60 chats – un nombre infime comparé à beaucoup d'autres cibles possibles. Mais l'opportunité de faire changer les choses était grande de part la nature des expériences elles-mêmes et la localisation et la vulnérabilité de l'institution où elles étaient menées. En 1976, il était vital pour le mouvement animal d'obtenir une victoire, peu importe qu'elle fusse toute petite, pour encourager les supporters du mouvements de croire en la possibilité des changements et de gagner de la crédibilité envers le reste de la société. Avec cette victoire acquise, Henry a commencé à donner plus de poids, dans la sélection de ses cibles, à la quantité de souffrance impliquée. Mais même alors, ce n'était jamais la considération première. Si vous multipliez x par y, mais que y=0, alors aussi grand que soit x, le produit des deux sera toujours zéro. Ainsi, une cible ne doit pas être choisie sans considérer à la fois la quantité de souffrance et les opportunités de changement.

 

 

3. Fixez des buts qui sont atteignables. Apporter des changements étape par étape. Faire prendre conscience des problèmes n'est pas suffisant

 

Quand Henry a commencé à s'intéresser au combat contre l'expérimentation animale, le mouvement antivivisection n'avait pas d'autre but que l'abolition de la vivisection et pas de stratégie pour atteindre ce but que de 'faire prendre conscience' – c'est-à-dire d'envoyer des documents remplis de photos et de descriptions des horreurs de la vivisection. C'était la stratégie d'un mouvement qui parlait surtout à lui-même. Il n'avait aucune idée de comment se saisir des levier du changement, ni même où ces leviers pourraient se trouver. Il semblait inconscient de sa propre image d'un groupe de 'cranks' inefficaces, et ne savait pas comment faire de la vivisection un sujet qui soit repris par les médias. L'expérience d'Henry dans le mouvement pour les droits civiques des Noirs américains lui disait que ce n'était pas la façon de réussir :

" Une des premières choses que j'ai apprise dans les mouvements précédents était que ce n'est jamais une affaire de tout ou rien. Ce n'est pas un processus qui se fait en un jour, c'est un long processus. Vous devez voir le monde –y compris les individus et les institutions- pas comme statiques mais comme en constant changement, avec le changement qui se produit une étape à la fois. C'est incrémental. C'est presque comme du développement organique. Vous pouvez dire, par exemple, que deux Noirs qui demandent de pouvoir s'asseoir dans une cafétéria, cela ne n'apporte pas grand chose parce que de toutes façons la plupart d'entre eux n'ont pas d'argent pour s'acheter grand chose. Mais cela a fait une différence, c'était une première étape. Une fois que vous avez cette première étape, et que vous avez cette même première étape dans d'autres endroits aussi, vous assemblez toutes ces cafétérias, cela dessine une direction générale, et cela est une des étapes qui générerait la moindre force de résistance. C'est quelque chose qui est gagnable, et qui encourage la lutte noire, et il mène clairement à l'étape suivante puis à la suivante encore. Je pense que aucun mouvement n'a jamais gagné sur la base d'un tout ou rien.""

 

Des activistes pensent que d'accepter moins que, disons, l'abolition totale de la vivisection est une forme de compromis qui réduit leurs chances d'une victoire plus complète. La vision d'Henry c'est : "Je veux abolir l'utilisation des animaux autant que n'importe qui d'autre, mais je dit, faisons ce qu'on peut faire aujourd'hui, et faisons plus demain." C'est pour cela qu'il était pour soutenir le remplacement du test LD50 avec les tests comme le 'approximate lethal dose test', qui utilise encore des animaux, mais beaucoup moins.

 

Cherchez des cibles qui non seulement sont gagnables en elles-mêmes, mais aussi où la victoire aura des effets qui vont se propager plus loin. Demandez-vous si le succès dans une campagne sera une marche vers des cibles encore plus grandes pour des victoires encore plus significatives.

 

La campagne contre Revlon est un exemple : parce qu'elle a rendu respectable la recherche dans les alternatives au tests sur les animaux, ces effets les plus importants se sont fait sentir au delà de Revlon et même au delà de l'industrie cosmétique en général.

Bien que faire prendre conscience d'une problème est bien sûr essentiel si nous voulez provoquer des changements, Henry ne travaille habituellement pas directement à faire prendre conscience. (Sa publicité contre la viande sont une exception). La prise de conscience résulte d'une campagne réussie, et une campagne réussie a des buts atteignables.

 

4. Etablissez des sources d'information et des documentations crédibles. Ne supposez jamais rien. Ne trompez jamais les médias ou le public. Maintenir votre crédibilité, n'exagérez pas le problème.

 

Avant de démarrer une nouvelle campagne, Henry passe plusieurs mois à réunir de l'information. La législation 'Freedom of Information' [équivalent en gros à notre 'CADA', Commission d'Accès aux Documents Administratifs'] a beaucoup aider, mais beaucoup d'information est déjà là, dans le domaine public. Les expérimentateurs relatent leurs expériences dans des journaux scientifiques qui sont disponibles dans les grandes bibliothèques, et des informations précieuses sur les entreprises peuvent aussi être dans des fichiers publiques. Henry ne se satisfait jamais de simplement citer des extraits des tracts des groupes pro-animaux, ou d'autres opposants de l'institution ou de l'entreprise qu'il vise. Il va toujours à la source, de préférence une publication de la cible elle-même, ou alors un document du gouvernement. Des journaux comme le New York Times ont accepté de passer les publicités de Henry qui contiennent des accusations très spécifiques contre des gens comme Frank Perdue [un magnat du poulet industriel] parce que chaque accusation a été méticuleusement vérifiée.

 

Certaines associations qui décrivent des expérimentations faites sur les animaux vont omettre des détails qui rendraient les expérimentations moins choquantes qu'elles apparaissent sinon. Elles vont, par exemple, négliger de dire à leur lecteurs que les animaux étaient anesthésiés. Mais ceux qui font cela finissent par perdre leur crédibilité. La crédibilité de Henry est extraordinairement haute, à la fois dans le mouvement animal mais aussi avec ses opposants, parce qu'il tient sa crédibilité comme son plus grand capital. Il ne veut jamais la sacrifier pour un gain court terme, aussi tentant que cela puisse être sur le moment.

 

 

5. Ne divisez pas le monde entre les saints et les pêcheurs

 

Quand Henry veut obtenir de quelqu'un – un scientifique, un dirigeant de société, un législateur, ou un officiel du gouvernement- qu'il fasse quelque chose différemment, il se met lui-même dans la position de cette personne :

[la question à vous posez c'est :] si j'étais cette personne, qu'est-ce qui me ferait changer de comportement? Si vous les accusez d'être un groupe de salauds sadiques, ces gens ne vont pas se dire : "Hé ! qu'est-ce que je pourrais changer qui va rendre heureux ces gens-là ?". Ce n'est pas comme cela que le monde réel fonctionne.

 

Etre hostile envers la personne d'un opposant peut être une bonne façon de se défouler, mais cela n'aide pas à convertir des personnes à sa cause. Quand Henry voulait persuader des scientifiques qui travaillent pour des entreprises comme Procter&Gamble de développer des alternatives aux tests sur les animaux, ils trouvaient leur situation similaire à celle des gens qui mangent les animaux :

Comment au mieux faire changer le comportement de ces gens ? En leur disant qu'ils n'ont jamais pris une décision consciente de faire du mal à ces animaux. En gros vous avez été programmés depuis votre enfance : "Sois gentil avec le chat et le chienchien, et mange ta viande". Et je pense que certains de ces chercheurs, c'est ainsi qu'on leur a enseigné, c'est comme cela qu'ils ont été programmés. Et si vous voulez les reprogrammer, vous n'allez pas les reprogrammer en disant que nous sommes des saints et qu'ils sont des pêcheurs, et que nous allons vous frapper avec un bâton pour vous éduquer.

 

 Comme Susan Fowler, éditeur du magazine professionnel 'Lab Animal' au moment de la campagne contre Revlon le dit :

Dans la campagne de Henry, il n'y aucunement l'idée que  "Eh bien, c'est Revlon, et personne dans Revlon ne va être intéressé dans ce que l'on fait, ce sont tous des ennemis". Au contraire il cherche à ce que, il espère que quelqu'un va sortir du groupe et dire "Je comprends ce que vous dites".

 

 Sans cette attitude, quand Roger Shelley est venu, prêt à écouter ce que Henry voulait que Revlon fasse, l'opportunité de faire changer l'attitude de la compagnie aurait facilement pu être manquée.

Ne pas diviser le monde entre les saints et les pêcheurs, ce n'est pas seulement une tactique sensée, c'est aussi la façon dont Henry pense. "Les gens peuvent changer. Moi aussi je mangeais les animaux et je ne me suis jamais considéré comme un cannibal".

 

 

6. Cherchez le dialogue et essayez de travailler ensemble pour résoudre les problèmes. Positionner les sujets comme des problèmes qui ont des solutions. Cela est fait le mieux en présentant des alternatives.

 

Parce qu'il ne pense pas que ces opposants sont mauvais, Henry n'a aucune présupposition sur le fait de savoir si ils vont ou pas travailler avec lui pour réduire la souffrance animale. Donc il ouvre chaque campagne avec une lettre polie à l'organisation visée –que ce soit le American Museum of Natural History, Amnesty International, Revlon, Frank Perdue, ou un abattoir- en l'invitant à venir discuter du problème avec lui. Parfois les invitations de Henry ont été ignorées, parfois elles ont reçu une réponse polie d'une personne talentueuse en relation publique sans aucune intention de faire quoi que ce soit, et parfois cela a résulté directement au changement sans aucune campagne publique du tout. Mais le fait qu'il propose de venir s'asseoir autour d'une table avec lui pour discuter du problème avec de faire une campagne publique montre qu'il ne cherche pas à créer du trouble juste pour le plaisir, ou pour lever des fonds pour sa propre association.

 

Henry réfléchit énormément à la manière dont la personne ou l'organisation qu'il approche pourrait poursuivre ses objectifs tout en éliminant ou réduisant substantiellement la souffrance causée. L'exemple classique d'une solution imaginative était la proposition de Henry à Revlon et aux autres firmes cosmétiques qu'ils devraient financer de la recherche dans des alternatives au test de Draize. Pendant plus d'un an avant que sa campagne ne devienne publique, Henry a cherché une approche collaborative plutôt qu'une confrontation avec Revlon. A la fin, une fois que la campagne est finalement devenue publique, Revlon a accepté sa proposition et, tout comme d'autres firmes, a trouvé que pour une faible dépense par rapport à ses revenus, elle pouvait développer une alternative qui lui permettait d'avoir une forme plus précise, moins coûteuse de tests qui n'impliquait pas du tout les animaux.

Le fait d'avoir une solution réaliste à offrir signifie qu'il est possible d'accentuer les cotés positifs de la campagne, plutôt que de mener une campagne purement négative. Dans les interviews et les tracts et brochures au sujets du test de Draize par exemple, Henry a toujours mis en avant que les méthodes de test in vitro offraient la perspective de manières plus rapides, moins coûteuses, plus fiable, et plus élégantes de tester la sécurité d'un produit.

 

Il est toujours possible de trouver un coté positif si vous y réfléchissez suffisamment, même si cela ne sera pas quelque chose qui va enthousiasmer tout le monde de l'autre bord. Il n'y avait rien que Henry pouvait proposer chercheur sur les chats Lester Aronson, qui avait passé des décennies à mutiler des chats et qui était trop près de la fin de sa carrière pour essayer quelque chose d'autre. Mais Aronson ne pouvait pas continuer d'expérimenter sans le support de l'American Museum of Natural History et du National Institute of Health. Les intérêts du Museum et les intérêts du NIH n'étaient pas les même que ceux d'Aronson. Henry a essayé de diviser ses adversaires en argumentant que la cruautés sans intérêt de la recherche sur les chats était en train d'éloigner des jeunes personnes des sciences de la vie. De fermer le laboratoire de Aronson serait une opportunité de mettre les fonds de recherche du Museum dans quelque chose de créatif et de respectueux de la vie, ce qui pourrait inspirer des gens de choisir de choisir de faire leur carrière en biologie. Le problème était de convaincre le Museum et le NIH que cela était vraiment une meilleure solution. Pour obtenir cela, Henry devait leur créé des problèmes. Pour le Museum, cela consistait à devoir faire face à une persistante mauvaise publicité, et à des menaces sur son financement public. Pour le NIH, c'était la pression du Congrès qui aurait pu avoir un impact sur son budget. Avec de tels aspects négatifs en perspective, la solution, précédemment rejetée, de fermer le laboratoire et de financer d'autre types de recherches a commencer à paraître plus attractive.

 

En terme de proposer une solution positive, la différence entre la campagne contre les expérimentation sur les chats et celle contre le test de Draize était une différence de degré, pas de nature. Si votre tube de dentifrice est bouché, vous arriverez à faire sortir du dentifrice en fonction de à quel point le tube est bouché, et de la pression que vous exercerez dessus. De même, une institution ou une entreprise adoptera ou pas une alternative en fonction de à quel point elle trouve négative cette alternative, et de quelle pression on lui applique. Plus l'alternative est réaliste, moins il sera nécessaire de lui appliquer une forte pression.

 

 

7. Soyez prêt à la confrontation si votre cible ne répond pas comme il faut. Si les canaux normaux ne fonctionnent pas, préparez une campagne de dénonciation publique, qui escalade, pour placer votre adversaire sur la défensive

 

Autant le point 6 est au sujet de rendre plus facile la sortie du dentifrice, autant ce point 7 concerne le fait d'augmenter le pression si le dentifrice ne sort pas. Une campagne publique peut prendre de nombreuses formes. A l'American Museum of Natural History, cela a commencé avec un article dans un journal local, puis a été repris par des manifestations, et finalement cela s'est étendue aux media nationaux et aux journaux spécialisés comme Science. La campagne Revlon est devenue publique avec une pleine page de publicité dans le New York Times, publicité qui elle-même a fait parlé d'elle. La campagne a continué avec des manifestations devant les bureaux de Revlon. La campagne contre Perdue et le marquage au fer rouge se sont basées beaucoup plus lourdement sur de la publicité et l'utilisation des médias. Passer de la publicité coûte de l'argent ; à ce sujet, voir le point 8.

 

 

8. Eviter la bureaucratie

 

Toute personne qui a été frustrée par des réunions interminables de comités qui absorbent le temps et l'énergie comprendront le désir d'Henry de faire avancer les choses plutôt que de passer du temps sur des problèmes organisationnels. Pire encore, les structures bureaucratiques trop souvent divertissent l'énergie vers le fait de faire grandir l'organisation, plutôt que d'obtenir des résultats pour la cause. Ainsi, lorsque l'organisation grandit, elle a besoin de personnel et de bureaux. Ainsi vous vous retrouvez dans une situation où des personnes qui veulent faire quelque chose de significatif pour les animaux (ou pour les enfants des rues, ou pour les forêts, ou pour tout autre cause) passent 80% de leur temps à lever des fonds juste pour permettre à l'organisation de se perpétuer. La plupart du temps est consommé à s'assurer que tout le monde dans l'organisation s'entend bien avec les autres, se sent apprécié, et n'est pas contrarié parce qu'il ou elle s'attendait à être promu à un poste avec plus de responsabilité et un bureau avec plus de fenêtres.

 

Henry a réussi à éviter ces obstacles en travaillant essentiellement seul. Cela n'est pas un style qui peut convenir à tout le monde, mais cela a bien fonctionné pour Henry. Animal Rights International [l'organisation d'Henry Spira] n'a aucun membre. Il a une longue liste de conseillers et son conseil consiste en des amis proches de confiance de Henry sur lesquels il peut compter pour avoir de l'aide sans complications. Henry n'a pas besoin de beaucoup d'argent, mais il en a quand même besoin d'un peu. Il a eu la chance de trouver deux donneurs qui l'aident régulièrement parce qu'ils aiment voir que leur argent sert à quelque chose.

 

Quand Henry a besoin de plus d'impact, il monte une coalition – comme il l'a fait pour le révocation de la loi Metcalf-Hatch, pour la lutte contre les tests de Draize et le LD50, et maintenant, pour persuader McDonald's de prendre un rôle leader pour améliorer le bien-être des animaux de ferme. Depuis son succès à l'American Museum of Natural History, d'autres organisations ont été désireuses de le rejoindre. Au plus haut des campagnes, ces coalitions ont représenté des centaines d'organisations, avec un total de membres de plusieurs millions. Là aussi, Henry garde les complications au minimum. Les organisations sont bienvenues à participer à quelque niveau qu'elles veulent. Certaines encouragent leurs membres à aller manifester, d'autres pas. Certaines financent des pages entières de publicité, d'autres encore encouragent leurs membres à écrire aux journaux, où ils peuvent toucher des millions sans dépenser un centime. Ce que aucune organisation ne peut faire, c'est de dicter la politique. Henry consulte largement, mais à la fin, il prend ses propres décisions, évitant ainsi le processus consommateur de temps et parfois générateur de division que sont les élections et de réunions de comités. Clairement, dans le cas d'un désaccord majeur, les organisations ont l'option de quitter ; mais si la coalition fait des progrès, l'organisation va généralement avaler les désagréments de façon à faire partie d'une équipe qui a du succès.

 

 

9. Ne pensez pas que seule la législation ou l'action légale peut résoudre le problème

 

Henry a utilisé les représentant élus dans ses campagnes pour mettre la pression sur des agence du gouvernement et pour faire parler de la campagne. Mais la seule campagne dans laquelle il a atteint son but au travers de la législation c'était pour la révocation de la loi Metcalf-Hatch. Dans ce cas, puisque la mauvaise législation était la cible de la campagne, il n'avait pas d'autre choix. Autrement, autant qu'il le peut, Henry reste en dehors des processus politiques classiques et reste éloignés des tribunaux : "Aucune loi du Congrès, aucune subtilité légale, par eux-même, ne sauveront les animaux". Il n'y a pas de doute qu'il y a d'autres situations, et d'autre problèmes, pour lesquels la législation changera quelque chose. Mais au total, Henry ne voit les lois que comme maintenant le statu quo. Elles ne seront changées que pour maintenir les perturbations au minimum. Le danger de s'impliquer profondément dans le processus politique est que fréquemment cela distrait la lutte vers ce que Henry appelle 'political gabbery'. Beaucoup de parole, mais rien ne se produit. Le lobbying politique ou les manœuvres légales deviennent un substitut de l'action.

 

 

10. Demandez-vous "Cela va t-il marcher ?"

 

Tous les points précédents sont dirigés vers ce dernier. Avant de lancer une campagne, ou de continuer avec un campagne déjà commencée, demandez-vous si cela va marcher. Si vous n'êtes pas capable de donner une compte-rendu réaliste de comment vos plans vont obtenir leurs objectifs, vous devez changez vos plans. De rester en contact avec ce que le public pense, sélectionner une cible, fixer un but atteignable, obtenir de l'information précise, maintenir sa crédibilité, suggérer des solutions alternatives, être prêt à parler avec les adversaires ou à les confronter si ils ne veulent pas parler - tout cela est fait dans le but de créé une campagne qui est un moyen pragmatique de provoquer un changement. La question ultime est toujours "Cela va t'il marcher ?"