Animauzine, militer pour les animaux
13 août 2003
Par David Olivier
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Documents joints
Sur le Great Ape Project
Marité Moralès de One Voice parle du Great Ape Project
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Sur les « propre de l’homme »
Pascal Picq parle des divèrs critères de « propre de l’homme »
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Émission sur les bonobos qui parle du Great Ape Project

L’émission « Interception » du dimanche 10/8/2003 sur France-Inter portait sur les bonobos (espèce de chimpanzés) ; on y a parlé de la remise en question du propre de l’homme et du projet Grands Singes anthropoïdes

L’émission, qui a duré 45 minutes, a décrit la vie des bonobos, et n’a pas hésité aussi à sortir de la pure éthologie pour aborder des aspects idéologiques et moraux. Transcription et extrait sonore de deux passages.

Voici la transcription de deux passages. Le premier est une interview de Pascal Picq, et remet en question les divers « propre de l’homme » censés nous distinguer des autres animaux. Le deuxième est une interview de Marité Moralès, qui parle du Projet Grands Singes (cf. Déclaration du GAP sur le site des Cahiers antispécistes).

======= Interview de Pascal Picq :

Journaliste : Pascal Picq, vous êtes paléoanthropologue du Collège de France. Est-ce-que le bonobo nous renseigne sur notre ancêtre ?

P. Picq : Le problème, c’est que tout ce qui a été énoncé comme humain, depuis quand même assez longtemps, l’a été en l’absence totale de ce qui nous entoure ! C’est-à-dire, on a dit « l’homme c’est l’outil », on s’apperçoit qu’il y a des cultures chez les chimpanzés, « l’homme c’est la bipédie », les bonobos sont bipèdes, « l’homme c’est une certaine forme de sexualité », les bonobos, à cet égard, sont même peut-être un peu meilleurs que nous, si on prend ce critère-là, pour la politique, les chimpanzés font la politique, partage de la viande et de la nourriture, les chimpanzés le font, les bonobos un peu moins... Enfin bref, tous les critères du propre de l’homme, même la communication symbolique, une certaine forme de langage, en tout cas, se retrouve chez les grands singes d’une manière ou d’une autre. Depuis toutes ces observations, nous en sommes amenés à nous reposer la question de qu’est-ce que l’humain ? L’humain est une évidence qui nous saute aux yeux parce qu’on sait voir un homme, on sait voir un bonobo, mais en termes de description de concepts ou autres, là il faut que l’on retravaille nos définitions. Et par exemple, on disait que la bipédie c’est apparu, pourquoi ? Pour voir au-dessus des hautes herbes, pour menacer, pour transporter des objets, transporter des armes ou transporter même des enfants. Et on disait que tout cela, c’était pour les mâles, évidemment ; les femelles, toujours à la remorque de l’évolution ! Et en fait, dans un film, il y a une femelle bonobo - c’est extraordinaire ! - elle a un gamin accroché dans le dos, elle a des cannes à sucre dans une main, des bâtons dans une autre, et elle menace un mâle. Donc à elle toute seule, elle a fait toutes les hypothèses sur les origines de l’homme !

Donc à partir de là, je dis, c’est pas possible ! La bipédie - enfin, pas la bipédie, les bipédies - sont certainement beaucoup plus anciennes qu’on ne le pense, et c’est en ce sens que l’étude des bonobos et des des chimpanzés, et beaucoup des bonobos, d’ailleurs, qui ont réduit pas mal l’écart entre les chimpanzés et l’homme, sont important parce que : tout ce qu’ils font comme nous, de deux choses l’une : ou ils l’ont acquis indépendamment, ou ça vient de nos origines communes. Moi j’avais fait l’hypothèse - mais c’est une hypothèse, on verra de nouvelles découvertes, peut-être, qui vont atténuer ce petit euréka que je suis en train de pousser devant vous - mais en l’occurrence, j’avais dit, la bipédie est ancestrale, et c’est ce qui est en train de se faire, et c’est grâce aux bonobos que j’ai pu dire ça. Parce que nous autres les grands singes, c’est-à-dire tous les grands singes actuels, nous sommes habitués à nous suspendre, c’est-à-dire à nous tenir sous la branche. Or quand on se tient sous la branche, on voit le monde verticalement. Donc, se suspendre sous la branche, je ne dis pas que c’est la condition suffisante pour être bipède, mais néanmoins une condition nécessaire.

======= Interview de Marité Morales, qui parle du GAP :

Journaliste : Il est maintenant reconnu, à travers maintes observations scientifiques, que les grands singes ont les capacités émotionnelles et cognitives de jeunes enfants. Dès lors, pourquoi ne pas leur accorder des droits ? Marité Morales, vous représentez l’association One Voice, qui est la seule association française à défendre un projet de droits pour les grands singes. Qui ça gêne, pour l’instant ?

M. Moralès : Eh bien, ça gêne beaucoup de monde ! Tous ceux qui les traitent comme des biens de propriété ! Comme par exemple, tous ceux qui traffiquent, qui font le traffic de la viande de brousse, parce qu’à partir du moment où les grands singes obtiennent le droit de vivre, les tuer deviendrait un assassinat. Leur territoire devrait être absolument protégé, par des organismes internationaux, comme ça se fait déjà, et on aurait les premiers territoires indépendants non-humains et inviolables. Ce qui veut dire que, peut-être, à un certain moment, (...) l’écotourisme en serait gêné. Un écotourisme qui ne respecterait pas l’identité propre de l’animal et sa vie sauvage. En plus, à partir du moment où les territoires seraient protégés, eh bien on ne pourrait plus massacrer les forêts. Je laisse tirer la conclusion à tous ceux qui exploitent massivement les grandes forêts primaires.

Journaliste : Quel est le principe de cette déclaration de droits des grands singes ?

M. Moralès : Eh bien, ce Great Ape Project - excusez mon accent - vise à élargir la communauté morale des humains à tous les grands singes non humains. C’est-à-dire les bonobos, les chimpanzés, les gorilles et les orang-outans. Une déclaration des fondements - c’est la déclaration sur les droits des grands singes - qui demande les droits fondamentaux, c’est-à-dire le droit de vivre, le droit d’être libre - la protection de la liberté individuelle - et la prohibition de la torture. Donc, le but, effectivement, est recueillir le maximum de signatures dans le monde, afin de les présenter aux Nations Unies, et d’obtenir la déclaration des Nations Unies sur les droits des grands singes. Au nom du progrès moral de l’Humanité.

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Post Scriptum

Le site Web l’émission sur France-Inter faisait référence au site Web des Cahiers antispécistes.

Je dispose de l’enregistrement de l’émission entière, mais chut ! ne pas le dire !

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