Animauzine, militer pour les animaux
5 juin 2003
Par Avea
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Corridas

Lettres modèles de protestation

Vous trouverez ci-dessous 7 lettres types plus ou moins argumentées, vous permettant de marquer votre opposition à la corrida. Les deux premières sont assez polyvalentes et peuvent facilement être retravaillées pour réagir à un article dans la presse écrite ou à un reportage télévisé qui publicite la corrida [lettre 1 et lettre 2]. Les deux lettres suivantes s’appliquent plus particulièrement aux corridas de bienfaisance [lettre 3 et lettre 4]. Ensuite, vous trouverez un courrier spécifique pour les corridas sans mise à mort [lettre 5], un message ironique dénoncant le peu de crédit de l’argument de la tradition [lettre 6], et enfin un texte de remerciement et de félicitation pour encourager les journalistes qui s’opposent à la corrida [lettre 7].

[lettre 1] Nous vous écrivons pour vous faire part de notre opposition à la promotion des corridas qui, comme d’autres pratiques d’un autre âge (chèvres précipitées d’un clocher, ânes bâtonnés à mort, etc.) sont indignes d’être publicitées.

Le spectacle de la souffrance et de la mort d’un animal, tel que l’offre la corrida est encore monnaie courante dans trois pays de l’Union Européenne : l’Espagne, la France et le Portugal, et cela en dépit du fait qu’une très large majorité de la population y soit fermement opposée.

La pratique de ces spectacles cruels est maintenue d’une part par une minorité qui vit de la souffrance des animaux et qui s’efforce de la faire passer comme une tradition culturelle, et soutenue d’autre part par les communes, qui bénéficient indirectement de ces manifestations (le bénéfice de la ville de Nîmes par exemple, s’élevait à 1,5 million de francs en 1992).

L’état français a d’ailleurs multiplié le budget taurin de cette ville par 4 en 10 ans, si bien qu’en 1992, il atteignait 27 millions de francs. En Espagne également, la plupart des arènes, propriétés de l’état, en reçoivent des subsides, et les écoles de tauromachie sont soutenues par des colloques et des conférences organisées sur le sujet.

Ces subventions, faut-il le préciser, proviennent de l’argent public, et il est inacceptable qu’elles servent à financer des projets auxquels s’opposent la plupart des contribuables.

Les organisateurs de corridas, sans aucun scrupule, voient dans la souffrance des animaux une source inépuisable de profit. On parle même actuellement de corridas de bienfaisance, sensées donner à la cruauté gratuite une apparence humanitaire. Mais nous ne sommes pas dupes, en acceptant l’argent issu des sévices infligés aux animaux, des organisations comme la Croix rouge ou l’Association des victimes du terrorisme se mettent au service de la tauromachie et de ses cruautés, et non l’inverse.

Sans parler des souffrances endurées par les taureaux dans les élevages (combats provoqués, etc.), comment qualifier les pratiques de la corrida, qui consistent à affaiblir le plus possible l’animal, en lui infligeant de multiples blessures, pratiquées à cheval avec une lance (dont la pointe de 14cm sectionne les muscles de la nuque, de sorte qu’il ne puisse plus relever la tête) ou des banderilles (sorte de crochets de fer colorés, allant par paire et au nombre de trois), qui restent fichés dans son dos, le saignant et attaquant ses muscles au moindre de ses mouvements.

C’est un taureau blessé et épuisé qu’ « affronte » le matador, jusqu’à ce qu’il lui donne le coup d’épée final, souvent manqué, qui au lieu de tuer net l’animal, lui perfore les poumons et le condamne à une lente asphyxie. Que l’animal soit encore conscient, peu importe, le matador lui sectionnera une oreille ou les deux, ou la queue, qu’il brandira fièrement devant un public assoiffé de sang.

Que dire aussi des tortures qui précèdent la corrida elle-même, comme celle de l’ « afeitado », la veille du spectacle, qui consiste à raccourcir les cornes sur 6 à 11cm, sans anesthésie, avec scie, marteau et papier de verre ? Les cornes ne sont pourtant pas une simple masse osseuse insensible, et une telle opération est susceptible de causer une grande douleur physique.

En 1989, l’ordre espagnol des vétérinaires révélait que des sacs de sable de 100kg étaient projetés sur la colonne vertébrale du taureau, la veille du combat ; d’autres constatent régulièrement que diverses drogues (dont le chlorydrate dexylozybne) sont administrées aux animaux.

Dans cette matière, on ne peut que remarquer l’hypocrisie de l’Union Européenne, qui légifère et adopte des mesures de protection animale, mais qui fait une exception pour les corridas, donnant à penser qu’ils croient en l’existence d’une hiérarchie dans la souffrance animale.

Mais au vu de la cruauté que recèlent ces pratiques, ne doit-on pas s’interroger aussi sur l’attitude des spectateurs, qui exigent des taureaux redoutables, chahutent les toreros prudents, et révèlent de la sorte leur désir inavoué de voir des hommes étripés ?

La corrida flatte dans l’homme ce qu’il a de plus vil et cette seule raison justifierait son interdiction. A l’inverse, on constate qu’aujourd’hui elle est encouragée, jusque parfois dans les écoles, où des partisans de la tauromachie n’hésitent pas à se rendre pour faire leur publicité.

Alors que les enfants portent souvent un regard très critique sur la manière dont nous traitons les animaux, ces campagnes publicitaires les invitent à penser que la violence pratiquée sur les animaux constitue un exutoire légitime à notre propre agressivité.

La violence pourtant, quel que soit celui sur lequel elle s’exerce, humain ou animal, devrait être combattue sous toutes ses formes.

Que ce type de spectacle sanglant ait ou non une histoire, que nous importe ? D’autres pratiques injustes ont la leur - pensons à l’esclavage, ou à la torture - cela les rend-elles plus acceptables ?

Nous l’avons dit, la majorité de la population européenne se prononce contre la corrida et souhaitent que ces spectacles soient interdits.

Nous vous remercions dès à présent de l’attention que vous porterez à notre réaction. Dans l’espoir que vous consacriez à l’avenir des articles et des dossiers dénonçant ces pratiques cruelles, veuillez croire, Madame, Monsieur, en l’expression de nos sentiments les meilleurs,

[lettre 2] Nous trouvons extrêmement regrettable la partialité avec laquelle, dans votre émission/article ..., vous avez abordé et développé la question des corridas.

Vous ne dites pas un mot des opposants à la corrida, vous ne leur jetez qu’un regard dédaigneux qui ne vous permet pas de connaître et de diffuser leurs motivations et leurs messages. Nous ne vous parlons évidemment pas de ces opposants, inconséquents, qui dans l’anonymat salissent les murs de slogans lapidaires, mais de ceux qui, avec mesure et dans le respect de l’autre, se font les porte-paroles de l’avis de la majorité de la population européenne (80% d’entre elle pense en effet que le spectacle de la mort et de la souffrance d’un animal devrait être interdit).

Dans un souci d’équité, et dans le sillage de nombre de vos confrères journalistes, nous espèrons que vous consacrerez à l’avenir des reportages donnant la parole à ceux et à celles qui oeuvrent depuis des années à la suppression de ce spectacle cruel et désolant.

En vous remerciant d’avance de l’attention que vous porterez à notre requête et dans l’attente d’une réponse de votre part, nous vous prions de croire en l’expression de nos sentiments respectueux,

[lettre 3] La misère humaine ne saurait justifier une totale insensibilité face à la souffrance animale. En acceptant l’argent récolté au prix de sévices infligés à des taureaux dans le cadre d’un divertissement, c’est l’image des victimes humaines qui se met au service de la tauromachie et non l’inverse.

Par ce biais, la tauromachie tente de se donner un alibi, se voulant inattaquable à défaut d’être indéfendable et se lance dans l’humanitaire afin de s’élever au dessus de toute polémique.

De plus, on doit savoir qu’à l’occasion de ces "festivals de bienfaisance" les taureaux sont systématiquement mutilés par la pratique de l’afeitado, qui consiste à scier à vif plusieurs centimètres des cornes afin de limiter les risques encourus par les toreros.

Beaucoup d’associations ont déjà pris position et refusent de tels parrainages. Pour preuve, le président de l’Association des Paralysés de France qui, en avril 1998, a donné l’assurance de « ne plus accepter de fonds ni d’organiser de manifestation qui provoque la souffrance des animaux » et l’Association pour le Don d’Organes et de Tissus humains qui a écrit, le 21 mai 2001, « avoir pris la décision de ne plus accepter de fonds provenant des corridas de type espagnol ».

En vous rapellant que 83 % des Français sont hostiles à la corrida et en vous remerçiant de l’attention que vous porterez à notre courrier, nous vous prions de croire, Madame ou Monsieur, en l’expression de nos sentiments les meilleurs,

[lettre 4] Nous trouvons extrêmement regrettable que soit organisée une corrida de bienfaisance en faveur de votre association.

On n’a pas deux coeurs, un pour les humains et un pour les animaux. On en a un ou pas du tout. La corrida, chacun le sait, est un divertissement qui inflige de grandes souffrances à des animaux, des souffrances qui ne seraient heureusement pas acceptées si les victimes étaient humaines. Vous n’êtes pas sans savoir que d’autres associations ont par le passé renoncé à ce type de parrainage, conscientes qu’il ne pouvait que desservir leur cause.

« Torturer un taureau pour le plaisir, pour l’amusement, c’est beaucoup plus que torturer un taureau, c’est torturer une conscience » (Victor Hugo)

Nous vous remercions dès à présent de l’attention que vous réserverez à notre réaction, et nous vous prions de croire en nos meilleurs sentiments,

[lettre 5] Nous avons appris qu’un projet de corrida était en cours ...

Ce qui nous étonne, c’est que vous ne teniez pas compte de l’avis de la majorité de la population dans ce domaine, qui s’oppose à ce type de violence gratuite et sans aucun intérêt culturel.

En effet, on pourrait croire que votre but est de remettre au goût du jour les jeux de cirque et leurs cortèges de souffrance, dans une grande marche en arrière de la civilisation.

Le choix d’une formule adoucie (sans mise à mort) n’est-il pas qu’une tentative de convaincre le public qu’une telle manifestation a sa place parmi les activités que vous organisez, et ne vous apprêtez-vous pas, une fois sa méfiance endormie, à revendiquer le droit à la corrida intégrale, avec banderilles, piques et mise à mort ?

Nous sommes prêts à nous mobiliser et à nous déplacer pour témoigner de notre désapprobation, si vous persistez à vouloir implanter la tauromachie là où, fort heureusement, elle n’existe pas. Nous sommes prêts à nous battre pour vous empêcher d’inciter d’autres villes à organiser des spectacles sanglants et indignes,

[lettre 6] Votre reportage ... est très élogieux quant aux traditions en matière de corrida (ou pêche ou élevage ou...)

Je me demande si à l’occasion vous ne pourriez pas également diffuser quelques bons reportages sur d’autres traditions qui malheureusement se perdent. Je pense à l’excision et surtout à l’infibulation, vous savez cette petite opération pratiquée dans certaines ethnies africaines, visant à préserver la virginité des filles et consistant à coudre la vulve de façon à ne laisser qu’un petit orifice pour la miction et les menstrues. Vous devez trouver bien dommage que certain(e)s tentent d’éradiquer ces pratiques qui avaient tant de valeur symbolique et qui se rattachaient à une histoire millénaire. Peut-être pourriez vous faire un petit quelque chose pour restaurer l’opinion publique à l’égard de ces autres traditions, à ces purs produits du terroir,

[lettre 7] Je tenais à vous féliciter pour votre prise de position contre la pratique de la corrida, dans votre article ...

La corrida donne en spectacle les souffrances extrêmes et la mort longue et douloureuse d’animaux, et cela pour satisfaire le goût de sang et de la vengeance d’humains qui, pleins de violence et de hargne à l’égard de leurs semblables mais ne pouvant les exercer au sein de leur propre espèce, s’en déchargent sur les animaux.

Promouvoir la corrida, c’est non seulement faire preuve d’un manque de compassion pour les animaux, mais également pour les humains. En effet comme le dit Marguerite Yourcenar, « La violence ne s’exerce si souvent sur les humains que parce qu’elle s’est fait la main sur les bêtes ».

Encore toutes nos félicitations pour votre article, et au plaisir de vous lire à nouveau,

Post Scriptum
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