Animauzine, militer pour les animaux
6 septembre 2006
Par amandine
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Compte Rendu du CRAC du "procès" WEBER sur la corrida

UN TRIBUNAL EUROPEEN CONDAMNE LA TORTURE TAUROMACHIQUE...

Note des webmasters : Attention : l’auteure de compte rendu, Delphine Simon, n’est plus secrétaire du CRAC.

CRAC (Comité Radicalement Anti Corrida)
BP 51244
30105 ALES Cedex
France

anticorrida.crac AATT tiscali POUAINT fr

Le 24 novembre dernier à Bruxelles, à quelques centaines de mètres de la commission européenne, la Cour Internationale de Justice des Droits de l’Animal a condamné sans appel les corridas en France, en Espagne et au Portugal.
Cette Cour est un organe des Nations Unies des Animaux (U.A.N.), fondée en 1979 par Franz Weber sur le modèle des Nations Unies. Elle réunit aujourd’hui 120 organisations membres réparties dans le monde entier.
Le Tribunal des Animaux poursuit, au cours de procès publics, les graves atteintes portées aux animaux dont les tribunaux ordinaires ne se saisissent pas. Elle cite les responsables, afin qu’ils rendent des comptes, et notamment des ministres et des chefs d’Etat qui cautionnent la barbarie.

Ce procès entièrement consacré cette année 2003 à la torture tauromachique a donc été possible grâce à Monsieur Franz Weber, écologiste suisse mondialement connu, et nous l’en remercions ici très chaleureusement.

La Cour était composée de trois juges : Franz Weber, président du Tribunal, Norbert Schauer (Autriche), et Lars Weidermann (Allemagne), d’un jury de neuf membres : J. Avila (Espagne), I. Baerenzung (Suisse), L. Dutilleux (Belgique), A. Eck-Hieff (Luxembourg), C. Finkelstein (Norvège), J. Gerlach (Allemagne), M. Kryda (Pologne), G. Matias (Autriche) et C. Tsipiras (Grèce), d’un procureur : Me Christian Sailer (Allemagne), et d’un avocat de la défense : Me Rudolph Schaller (Suisse).

Des associations de l’Europe entière s’étaient constituées Partie Civile :
- Fundacion Altarriba (Espagne)
- Comité Radicalement Anti-Corrida (France)
- Fédération de Liaisons Anti-Corrida (France)
- Movimento Anti-Touradas (Portugal)
- Anti Bullfighting Committee (Belgique)
- Comité Anti Stierenvechten (Pays-Bas)
Mais aussi des associations co-plaignantes d’Allemagne, de Belgique, d’Espagne, de Suisse etc.

Aucun des accusés, pourtant prévenus par lettre recommandée il y a quelques mois, n’avait bien entendu pris la peine de se déplacer ; mais leurs portraits étaient exposés pendant toute la durée du procès devant la tribune de la Cour : trônaient ainsi entre autres : pour l’Europe, Romano Prodi, président de la Commission européenne, Franz Fischler, membre de la Commission chargé de l’agriculture, du développement durable et de la pêche ; pour l’Espagne : José Maria Aznar Lopez, président du gouvernement, Miguel Arias Canete, ministre de l’agriculture, de la pêche et de l’alimentation, Pilar des Castillo Vera, ministre de l’éducation, de la culture et des sports ; pour la France : Jean-Pierre Raffarin, premier ministre, et Luc Ferry, ministre de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche (étaient également accusés pour notre pays Hervé Gaymard, Jean-Jacques Aillagon, Jean-François Mattei, Dominique Perben et Raymond Chésa) ; pour le Portugal : Jorge Sampaio, président de la république), et Armando Cordeiro Sevinate Pinto (ministre de l’agriculture et de la pêche).

Franz Weber a ouvert la session pour en expliquer le fonctionnement, et le procureur Christian Sailer a pris la parole pour énoncer l’acte d’accusation.

Afin que chacun comprenne le déroulement de l’intolérable torture infligée aux taureaux lors des corridas, le vice-président du CRAC, Thierry Hély (pour l’occasion témoin oculaire), a alors projeté le Film de la Honte après en avoir expliqué les circonstances : 18 minutes insoutenables qui transpiraient le sang et la souffrance... Puis, non concertée, mais révélatrice de l’émotion suscitée par les images et par les cris de douleur des jeunes taureaux, une minute de silence...

Ensuite, chaque association plaignante a pris la parole.

Plainte a été déposée contre les corridas en Espagne ; au nom de la Fondation Altarriba, Luis Luque a évoqué tour à tour la loi, l’économie des corridas dans son pays, la promotion faite par les médias, avant de dénoncer les coupables et d’affirmer que, selon un récent sondage, 60% des espagnols estiment que la corrida devrait être abolie.

Pour le CRAC, Jean-Pierre Garrigues a introduit sa plainte contre les corridas en France en affirmant : « Nous rentrons en guerre contre la tauromachie, avec tous les moyens légaux ! ». Puis il a fourni au jury des « pièces à conviction » : une banderille et une lance de rejon, les outils de torture, prêtés par Robert Clavijo du COLBAC (comité biterrois anti-corrida). Renvoyant pour la situation juridique en France au texte du juge Charollois, et rappelant que de toutes façons, au cœur du spectacle « il y a l’animal en souffrance » (cette raison devrait se suffire à elle seule pour justifier le procès), le CRAC a basé sa plainte sur trois axes :
1) Le futur scandale du « taureau fou » : la France, grâce à Monsieur Glavany et à son arrêté de décembre 2000, s’étant mise dans l’illégalité totale au regard du droit européen (directive 00418) en permettant la consommation des tissus à risques issus de la viande des taureaux tués dans les arènes.
2) Le financement de la corrida, dénonçant le fait que tous les « acteurs » de ce triste spectacle soient systématiquement payés en liquide, et étudiant le cas précis de la ville d’Alès, particulièrement révélateur des pratiques mafieuses du milieu taurin...
3) La gangrène de la classe politique enfin, évoquant notamment le groupe parlementaire « traditions et élevage » qui cautionne la torture tauromachique. « En conséquence, le CRAC dépose plainte contre : avec la complicité des juges aficionados, Raymond Chésa (...), Hervé Gaymard (...), Dominique Perben (...) . »

Un texte d’Albert Jacquard, associé à cette plainte, a ensuite été lu, posant ces questions : « Comment le législateur peut-il à la fois condamner une activité considérée comme contraire à l’éthique et s’incliner devant le poids des habitudes ? Faudrait-il permettre aux maris de battre leurs femmes dans les villes ou les villages où cela se pratique depuis longtemps ? » ; l’écrivain philosophe et humaniste affirme sans détour : « Le rôle de la loi n’est pas de tolérer, mais de tracer dans la bonne direction. », évoque l’excision et la peine de mort comme des pratiques barbares qui ne sauraient être tolérées sous couvert de tradition. « La mort est un événement trop grave pour être ravalée au rang de fournisseur de frisson(...). Trouver du plaisir, bien à l’abri sur son siège, en regardant les jeux de la peur et de la mort, n’est-ce pas la pire perversité ? Sur le chemin du camping, comment les parents peuvent-ils supporter le regard de leurs enfants ? Ils ont accepté de participer devant eux à la barbarie... »

Jean-Pierre Garrigues termine son intervention en citant un ouvrage tout à fait remarquable, publié cette année à Lyon : celui d’Ernest Coeurderoy, révolutionnaire anarchiste sous Napoléon III, qui avait dénoncé sans appel la torture tauromachique dès le milieu du XIXème siècle : « Non, il n’est pas bon d’accoutumer des enfants à ces spectacles ; il n’est pas bon de leur faire toucher du doigt des entrailles qui fument et que souille un sable ensanglanté. L’odeur du sang enivre, et cette ivresse est folle. Quand l’homme arrive à sacrifier un animal, sans réflexion, sans remords, il s’accoutume bientôt à faire peu de cas de la vie de son semblable.
Celui qui s’est essayé à manier la lourde épée trouvera plus tard le couteau bien léger dans sa main »...

Pour la FLAC ensuite, Josyane Querelle a évoqué le martyre des chevaux dans les arènes, involontaires collaborateurs qui subissent également des sévices graves lors des corridas. La présidente de la FLAC a également dénoncé le fait que certaines personnes bien intentionnées accusent les associations de protection animale, et notamment les « anti-corrida », d’être des sectes, et elle a souhaité démontrer qu’au contraire, tous les éléments qui caractérisent les sectes se retrouvent du côté des pro-taurins : infiltration des pouvoirs publics, embrigadement de la jeunesse, manipulation d’argent (rappelant que Juan Bautista et El Juli, matadors « à la mode » pouvaient toucher jusqu’à 120.000 € pour torturer et tuer deux taureaux !), le discours anti-social tenu par les différents acteurs de la barbarie, et la déstabilisation mentale couramment pratiquée. Pour terminer, Josyane Querelle a lu le Manifeste contre la corrida, lancé cette année par la FLAC, en direction de personnalités diverses.

Yann Wehrling, porte-parole national des Verts français, a à son tour pu s’exprimer pour témoigner du soutien de son parti à la cause que nous défendons. « Mais vous le savez certainement mieux que moi, le combat est difficile car nous luttons à armes inégales... », dénonçant tour à tour la bienveillance des médias et celle des sphères dirigeantes dans notre pays. « A vrai dire, des années de propagande dans les milieux culturels parisiens ont fait de grands dégâts que l’on mesure aujourd’hui », « je crois que la lutte contre la corrida met le doigt sur un enjeu de société : voulons-nous, oui ou non, tolérer un spectacle qui symbolise avec passéisme la domination de l’Homme sur la Nature ? ». L’homme politique qu’il est a voulu conclure en appelant à la mobilisation des français et des européens : « Croyez-moi, la sphère politique est rarement courageuse, mais elle est intelligente et sait entendre un message citoyen quand ce dernier se fait entendre. »

Le Docteur Albert Sordé, vétérinaire en Espagne, a ensuite décrit les différentes étapes de la torture codifiée du taureau dans l’arène. L’horreur, celle que nous imaginions bien sûr déjà, mais sur laquelle nous ne pouvions mettre des termes précis, nous a ainsi été décrite méthodiquement, acte après acte, tercio après tercio : quels muscles, quels nerfs, quelles artères touchées lors de chaque étape... Pour ceux qui en doutaient encore, Oui, le taureau souffre ; et il souffre le martyr, avant de s’étouffer avec son propre sang... avant la délivrance de la mort... Pourquoi déjà ? Ah oui, juste pour le plaisir... Celui des « spectateurs »...
Pendant ce discours pourtant très technique, nous étions quelques-uns à sentir, malgré nous, nos larmes couler... Cette longue agonie, cette incompréhension que ressent l’animal, nous la vivions cette fois presque de l’intérieur...

Mais ce n’était pas fini... Et un second film a été projeté... Trois minutes et quarante-cinq secondes qui pour nous furent une éternité. Thierry Hély présente les images qu’il a montées : ces images sont extraites d’une émission espagnole : Al Descubierto (« A la découverte... »), consacrée à la corrida et que Jean-Pierre Garrigues et Coloma Rodriguez ont traduit :
Tout d’abord un vétérinaire taurin et un agent artistique (tous deux « pro-corrida ») se disputent sur le plateau :
- Kiko Matamoros : « Voici la pointe d’une corne que j’ai récupéré à Benalmadena, aux arènes. Et il n’y a pas que l’afeitado ! Il y a d’autres manipulations ! Le comportement du taureau est modifié par une série de substances : anabolisants pour augmenter le poids ; le taureau perd de la mobilité avec le poids ! »
- Jose Maria Cruz : « Pourquoi parler de drogues ? »
- Kiko Matamoros : « Il faut tout dire ! », lâchant dans sa colère qu’une fois, il avait vu un taureau rentrer dans l’arène avec une seringue encore plantée dans le dos...
- Jose Maria Cruz confirme qu’il le sait, et brandit presque fièrement la cassette de cette corrida, tout en justifiant le fait que ce jour-là, ce n’était pas lui le vétérinaire officiel : « Je sais comment ça se passe ! J’ai ici une vidéo qui le prouve... Mais j’ai vu ça comme spectateur. (...). Le président a regardé ailleurs... »

Ensuite d’autres images : celles d’un matador, Curro Matola, en train de caresser un taureau, et qui dit au journaliste : « C’est un de mes meilleurs amis ; il s’appelle Templé, et je l’ai élevé au biberon. Il est né ici à la maison. ». Il embrasse le taureau, et tout d’un coup fait un pas en arrière : « Maintenant il a grandi, et c’est un taureau bravo. Il faut faire attention... » Puis il le caresse de nouveau, lui attrape les deux cornes et joue avec, en balançant la tête du taureau de droit à gauche... L’animal est placide, tranquille, évidemment attendrissant... Beau comme un prince ! Et le « maître » le serait presque aussi, attendrissant. Mais soudain, retour à la réalité... un bandeau apparaît sur l’écran : « Du paradis à l’enfer... »
On assiste alors à quelques dizaines de secondes de l’horrible afeitado, sciage des cornes à vif de l’animal... Compressé dans un étau, il ne peut bouger ni le museau , ni la tête, ni même le reste du corps... Et les tortionnaires scient, liment, et discutent tranquillement avec le journaliste pour lui expliquer ce qu’ils sont en train de faire... Pendant ce temps le taureau, lui, souffre atrocement... Dans l’indifférence la plus totale des personnes qui l’entourent... L’indifférence, oui, mais pas le silence... Le bruit effroyable de la scie, puis celui de la lime, devraient leur rappeler à chaque seconde le crime qu’ils sont en train de commettre... Seraient-ils sourds ? Comme ils sont restés sourds aux cris des jeunes novillos qui ont résonné dans la salle quelques instant plus tôt lors de la projection du Film de la Honte ?...
Pour nous qui ne sommes pas sourds, ces crissements atroces étaient insupportables...
Ouf, cela s’arrête... Mais pour le taureau le cauchemar continue... On le voit, lui ou un autre, qu’importe ?, après quinze minutes de torture... Le sang jaillit, à gros flots, de la bouche de l’animal... Ses poumons se sont remplis de son liquide vital... Il vomit ce qui, il y a encore quelques minutes, coulait dans ses artères, à présent perforées... Et l’animal tombe... Et le public hurle sa joie, applaudit à tout rompre... Pourquoi déjà ?
Ah oui, juste pour le plaisir...
Pour finir cette séquence enfin, on voit des enfants qui jouent... Ils viennent d’assister à la barbarie... Devinez quels peuvent être leurs jeux après un tel massacre... Une simulation de corrida, avec un faux « taureau-chariot », une fausse muleta, de fausses armes... Pour combien de temps cela restera-t-il un jeu ?... Pour combien de temps cela restera-t-il faux ?...
Déjà -ou plutôt enfin...- les lumières se rallument dans la salle... Le film est fini... Enfin, pas tout à fait, parce qu’elles resteront à jamais gravées dans nos têtes, ces images... celles des yeux du taureau dans lesquels nous avions plongé un instant...
De nouveau le silence de la salle de tribunal... Mais dans nos oreilles retentit encore le bruit... Celui de la scie... Celui de la souffrance... Celui de la mort...
Pourquoi déjà ?...

Il faut continuer... C’est au tour d’Alain Perret, auteur du livre La mafia tauromaniaque, qui se dit « tétanisé » par le fait qu’aucun des accusés n’ait daigné être présent ce jour ; « cela montre bien leur désinvolture et leur mépris » de la majorité des citoyens. L’écrivain français rend hommage au Professeur Théodore Monod, qui attendait beaucoup de l’Europe et qui aurait été heureux et fier de voir siéger ce tribunal. Alain Perret accuse : il veut combattre une « industrie du voyeurisme », il dénonce le plaisir qu’éprouvent certains à regarder la souffrance de l’autre ; il analyse : « Si on ne nous écoute pas, c’est parce que financièrement, nous ne rapportons rien... ». Parlant de son livre, qui va forcément choquer ceux qui le liront, puisqu’il dit la vérité (notamment en ce qui concerne les fraudes) sur le milieu tauromachique, il s’emporte, et à juste titre : « Vous n’allez pas dormir de la nuit... Mais moi non plus je n’ai pas dormi de la nuit quand je l’ai écrit, et je ne dors pas de la nuit quand je vois des films comme ceux qu’on vient de voir... ». Visiblement très ému, il conclut : « Mais écoutez, il faut s’imposer de supporter l’insupportable... », pour avoir les arguments, et pour trouver chaque jour la motivation de vouloir convaincre, afin que plus personne ne fasse partie des « indifférents ».. « Car lorsqu’on est indifférent, on est complice... et les complices sont aussi coupables... ».

Les plaintes argumentées du MATP (Portugal), et de l’Anti Bullfighting Comitee (Belgique) dénonçaient respectivement :
- les uns la législation portugaise (similaire à la française), qui interdit les sévices sur animaux sauf lors des corridas en cas de tradition ininterrompue, et portant donc plainte contre le président portugais, le maire de Lisbonne et le ministre de l’agriculture,
- les autres les subventions européennes qui cautionnent actuellement la torture sans que les européens le sachent réellement, avançant des chiffres surréalistes (et pourtant réels !) : 13.103 taureaux massacrés dans les arènes d’Europe, 2.751.630 euros de subventions, sans compter les aides aux vaches allaitantes ; la Belgique se constituant ainsi partie civile contre Monsieur Franz Fischler (responsable de l’agriculture et de la pêche au Parlement européen), affirmant que la situation actuelle « non seulement manque d’éthique, mais va à l’encontre des principes démocratiques des pays de l’Union Européenne. »

Pour la Belgique encore, Michel Vandenbosch, de GAIA (Global Action in the Interest of Animals), prend la parole : l’Union européenne reconnaît que les animaux sont des êtres sensibles, mais elle subventionne la corrida. « Où sont passés les principes de l’abattage sans douleur ? » demande-t-il, avant de citer des articles et citations de journaux qui magnifient la corrida... Pour conclure son intervention, GAIA propose la projection d’un film, un film de plus qui montre toute l’horreur de l’animal agonisant crachant son sang, « raté » trois fois par le tueur en piste ! Encore l’ignoble... Cela nous rappelait combien ces scènes ne sont pas rares, et comme l’a très justement dit Michel Vandenbosch, afin notamment de justifier cette nouvelle projection : « La souffrance n’est pas l’exception, c’est la règle ! ».

Marleen Elsen-Verloot, de la structure française Chaîne Bleue Mondiale, a témoigné de son soutien à notre lutte, et affirmé sa volonté de nous aider et de nous relayer.

Enfin, l’Allemagne et l’Angleterre se sont associés à la plainte des associations françaises, espagnoles et portugaise ; Mechtild Mench (Initiative Anti-Corrida, Allemagne) , et Tony Moore (FAACE Angleterre, Fight against Animal Cruelty in Europe), à travers des discours très émouvants et très justes. Dans l’intervention de notre ami anglais, une phrase n’avait pas besoin de la traduction simultanée en cinq langues que le M. et Mme Weber avaient mis à disposition du public ; le ton suffisait à lui seul à faire passer le message : « And you know, every bull has a name... ». Ce langage-là, celui de l’amour, il est universel...

Un autre témoin : Jeanne Augier, Président Directeur Général de l’hôtel Negresco à Nice... Une diatribe en direction des matadors : voilà ce qu’elle leur dirait si elle les avait en face ! « Vous êtes des lâches ! (...) Vous devez disparaître à tout jamais de nos yeux ! » Ces hommes (et ces femmes !) sont pour Madame Augier la honte de notre pays ! Rappelant que les animaux sont, comme nous, créés par Dieu, elle soutient sans faille que « nous devons l’en remercier, les respecter et les aimer... », mais aussi et surtout « élever nos enfants » dans ce respect et cet amour, sans lesquels par ailleurs ils perdront leurs repères....

Bien d’autres intervenants encore, des « experts », devaient éclairer la Cour : Edith Fischer (Groupe de Protection Animale, Allemagne), qui a encore évoqué la lente agonie du taureau dans les arènes, puis Geertrui Cazaux, criminologue, qui a expliqué comment on sait aujourd’hui que les personnes qui font du mal aux animaux n’hésitent pas à en faire aux humains, à travers l’exemple d’un tortionnaire d’animaux devenu tueur en série...

Ont suivi des lectures de textes :

- celui d’Irène Noël, enseignante et pédagogue, qui dénonce ce qu’elle appelle « le massacre des innocents » : « Lorsqu’on ouvre un dictionnaire et que l’on cherche la définition du mot corrida, on trouve « course de taureaux » ; ce n’est pas un euphémisme, c’est une contre-vérité ! ». L’embrigadement des enfants la touche particulièrement : « La disposition de l’esprit à juger clairement et sainement des choses est encore fragile chez les enfants (...). Ceux qui évoluent dans un climat de violence -et le milieu taurin est par définition un milieu violent- où toute compassion devant l’être qui souffre est absente, ne pourront accéder à une pleine maturité affective, intellectuelle et morale. Et c’est un crime abominable ! » . « Notre combat doit continuer à tous les niveaux, pour que vienne le jour où nos élèves pourront lire dans leurs livres d’histoire : « Les corridas, aujourd’hui disparues, étaient des combats cruels livrés par des hommes contre des taureaux dans des arènes, et faisaient partie des coutumes de quelques populations latines en voie de civilisation »...
- celui de Martine Danaux, neuro-psychiatre, qui tente de répondre à cette question : comment des personnes, d’apparence normale, « arrivent-ils à faire taire leur conscience morale, et à n’éprouver ni compassion ni culpabilité, lorsqu’il s’agit de corrida ? » ; plusieurs pistes sont explorées : la loi le leur permet, la tradition est invoquée, la corrida est un moment de perversité bien délimité dans le temps et dans l’espace, le plaisir sadique est en fait pour eux une drogue, un phénomène de groupe s’exerce pendant les corridas, mais aussi en dehors de celles-ci (notamment dans les clubs taurins), et le paravent de l’esthétisme est en fait un mécanisme de défense psychologique. « Si la corrida avait un effet cathartique, de purgation de la violence, elle éviterait d’autre part les passages à l’acte agressifs », et les villes taurines connaîtraient un taux de criminalité et de violence inférieurs à la moyenne, ce qui n’est pas le cas ! A l’inverse, « il y a une désensibilisation progressive de celui qui est confronté à plusieurs reprises à ces situations violentes ou cruelles » : de simple spectateur, il pourra alors devenir acteur, et cela concerne d’autant plus les personnes fragiles et les enfants...
- celui de Gérard Charollois enfin, magistrat français qui dénonce la loi actuelle : « La rédaction même du texte légal représente un aveu inquiétant puisque le législateur français qui permet la corrida doit, pour ce faire, déroger à la prohibition des actes de cruauté qu’il vient d’édicter », et s’inquiète d’une « jurisprudence scandaleusement favorable aux organisateurs de corridas », les juges français interprétant de manière tout à fait extensive les notions de « localité » et de « tradition ininterrompue ». L’homme de loi conclut ainsi son discours : « Il faut changer la loi française et supprimer la dérogation, car nul appétit financier, nulle habitude malsaine, nul prétexte ne justifie la cruauté, le mépris de la vie, l’indifférence à la souffrance d’un être. On ne réglemente pas la torture ! On l’abolit ! »

Pour conclure la session, un expert en droit européen, Johannes Caspar, prend la parole. Peu optimiste sur ce que pourra apporter la nouvelle Constitution européenne, il pense que la solution viendra de la base, et des pressions qu’elle pourra exercer sur ses gouvernants...

Enfin, les conclusions : celles du Procureur, Christian Sailer ; celles de l’avocat de la défense, au rôle assez difficile et ingrat, après une telle journée, riche en émotions...

La Cour délibère, et quelques heures plus tard, le verdict tombe :

« Dans l’affaire des corridas,

Contre :
- l’Union Européenne, représentée par la Commission européenne
- les gouvernements et les ministres des pays incriminés : Espagne, France, Portugal,

Pour cause de :
- complicité de torture grave et continue envers des animaux
- perversion de la jeunesse et dégradation de la société par l’encouragement de cruautés exercées en public
- mépris et prévarication de lois existantes inspirés voire
imposés par le lobby tauromachique
- omission d’édicter des mesures légales pour empêcher de tels délits

La Cour Internationale de Justice des Droits de l’Animal, constituée d’un jury de 9 membres et de 3 juges constate :

- Qu’en ce début du 21ème siècle, en Espagne, en France et au Portugal, des animaux continuent à être torturés et mis à mort dans des corridas, reliquat d’un passé primitif et barbare, pour le seul plaisir d’une foule avide de sensations et de sang.
- Qu’à une époque où la violence se répand de façon inquiétante dans le monde dit civilisé, et que le mot d’ordre universellement répandu est de combattre cette violence, que les gouvernements déclarent unanimement la guerre à la terreur, la violence et la terreur sont acceptées et célébrées, avec le soutien de l’Union Européenne, dans les arènes d’Espagne, de France et du Portugal.
- Que l’Union Européenne, en protégeant une tradition qui prône la torture et en la plaçant au-dessus de la protection élémentaire de créatures vivantes et sensibles, viole ses propres principes.
- Qu’en ajoutant au paragraphe « l’Union Européenne est chargée d’observer le bien-être des animaux » le complément restrictif « dans le respect des traditions culturelles », la Commission de l’Union Européenne a trahi l’un des concepts fondamentaux de l’Union, à savoir la protection des animaux, mettant ainsi les corridas, spectacles par définition illicites, à l’abri de la loi.
- Que l’Union Européenne viole les intérêts de la Communauté en utilisant des fonds publics provenant de l’ensemble de ses membres, qui sont dans leur écrasante majorité opposés à la
tauromachie, afin de développer directement et indirectement les corridas en Espagne, en France et au Portugal.
- Que les gouvernements de ces trois pays, qui tolèrent et encouragent ces divertissements pervers et dégradants en les élevant au rang de « tradition » et de « culture », donnent à la communauté internationale un exemple d’immaturité et d’irresponsabilité.
- Que les gouvernements de ces trois pays, en soutenant les corridas, en soutenant la création d’écoles de tauromachie où de jeunes enfants sont formés pour torturer et tuer sans pitié en permettant la retransmission télévisée des spectacles cruels et barbares des corridas à des heures où les jeunes enfants sont devant l’écran, contribuent activement à la perversion de la jeunesse et à la promotion de la violence dans nos sociétés.
- Que les autorités responsables de l’Espagne, de la France et du Portugal, en ignorant délibérément la volonté de la majorité de leurs concitoyens qui, selon un sondage d’opinion récent faisant partie intégrante de ce jugement, condamne vigoureusement les corridas, donnent un exemple d’irrespect flagrant de la démocratie.
- Que les gouvernements de France et du Portugal, où les combats de taureaux avec mise à mort sont interdits, recourent, afin de permettre celles-ci, à la contorsion de la loi.

Le Verdict :

Se fondant sur les auditions orales de ce jour et l’examen des preuves, la Cour déclare :

- Les autorités responsables de l’Union Européenne

- Et les accusés d’Espagne, de France et du Portugal

coupables des faits qui leur sont reprochés.

Elle demande aux législateurs de la France et du Portugal, afin d’abolir les corridas, d’interdire toutes dérogations aux articles de la loi protégeant les animaux d’actes de cruauté et de sévices.

Elle demande aux autorités de l’Espagne d’abolir les spectacles dégradants des corridas en créant une législation qui observe les principes fondamentaux de la morale et de l’éthique également dans le domaine de la protection animale.

Elle demande à la Commission Européenne d’abolir toutes subsides ou subventions directes et indirectes à la corrida.

Elle demande à la Commission Européenne et aux pays concernés l’interdiction immédiate des écoles de tauromachie pour enfants et la retransmission télévisée de corridas à des heures où de jeunes enfants sont devant l’écran.

Elle demande à l’Union Européenne d’inclure expressément la protection des animaux dans la Constitution européenne.

Elle demande aux médias d’éviter toute propagande en faveur des corridas.

Elle demande à toutes les Eglises de donner à leurs fidèles des directives claires qui condamnent sans appel les spectacles sanglants et honteux des corridas.

Elle demande au Pape de redonner force à la bulle DE SALUTE GREGI DOMINICI de Pie V toujours en vigueur et qui condamne sans appel les jeux taurins.

Elle demande à l’UNESCO d’exclure la ville de Carcassonne du patrimoine de l’humanité aussi longtemps qu’elle pratique la barbarie des corridas.

En conclusion, la Cour rappelle aux autorités de l’Union Européenne et notamment aux autorités d’Espagne, de France et du Portugal, qu’on ne réglemente pas la torture. On l’abolit !

Et pour terminer, la Cour exprime son respect et sa gratitude aux organisations et personnes qui luttent avec abnégation et persévérance contre les corridas, lutte qui sert en fin de compte l’évolution éthique de l’humanité et la paix dans le monde.

Bruxelles, 24 novembre 2003

LA COUR INTERNATIONALE DE JUSTICE DES DROITS DE L’ANIMAL. »
Un immense merci à Monsieur et Madame Weber pour leur accueil, leur gentillesse et leur simplicité...
Merci également à toutes celles et à tous ceux qui luttent chaque jour contre cette barbarie qu’est la torture tauromachique...

Laissons-nous aller, juste un instant...à rêver... A rêver que ce tribunal soit réel, et qu’il ait pu prononcer pour les coupables de véritables condamnations...
Laissons-nous aller... juste un instant... à rêver qu’en France, en Espagne, au Portugal, la torture n’existe plus... que la corrida soit enfin abolie...
Que toutes ces souffrances ne soient plus qu’un mauvais souvenir...
Que dans quelques années peut-être, les enfants étonnés se demandent « C’était pourquoi tout ça déjà ?... Juste pour le plaisir ?... »

Delphine SIMON,
Secrétaire du CRAC

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