
ANIMAUX = SS ?
Lundi matin, Le Pen sur France-Inter. Dans le cadre de la tranche 7 heures-9 h 30, spéciale présidentielle, la règle du jeu consiste à faire la revue de presse et choisir un invité, et enfin à répondre aux questions des auditeurs. Après une revue de presse laborieuse - où l’on s’aperçoit que le journalisme, quoi qu’en pensent les foules farcies à TF1, c’est quand même un métier -, voici donc l’invitée. C’est sa collègue au Parlement européen, madame Schenardi, membre du groupe Identité, tradition, souveraineté (ITS), tout un programme. Mais il se trouve que madame Schenardi est une farouche défenseuse de la cause animale. Pourquoi pas ? Elle est sans doute de bonne foi. Nicolas Demorand, cherchant la faille, pose alors la question : « Est-ce que c’est bien politique ? » Hélas, oui, ça l’est. Si la chose - le respect que l’on doit aux animaux, et la lutte contre la souffrance animale - était entendue par tous, ce ne serait pas politique. Mais comme personne d’autre n’en parle, ça le devient. Et, malheur pour les bêtes, il se trouve qu’elles ont le pire des défenseurs, puisque, dorénavant, vouloir améliorer leur condition équivaudrait à prendre sa carte du Front national. Selon cette logique de crétin, si Le Pen boit de l’eau fraîche pendant la canicule, il faudrait se laisser mourir de soif pour ne pas risquer d’être assimilé à un fasciste, sous prétexte qu’on a la même réaction en cas de forte chaleur. Il faut le dire haut et fort, Le Pen et Schenardi ont raison de dire ce qu’ils disent. La tradition humaniste de la gauche n’a toujours pas fait litière des imbécillités cartésiennes sur les animaux-machines. Descartes était un génie, il a fait ce qu’il a pu - et il a pu beaucoup - pour rendre compatibles la civilisation chrétienne et l’essor des savoirs, mais sur les animaux, il a pensé comme une enclume...
S’il n’y avait pas une continuité entre l’homme et l’animal, cela voudrait dire que Dieu a créé l’homme à part. D’abord les animaux et le reste, pour faire joli dans le jardin, puis l’homme, pour qu’il en jouisse. Nier la continuité, c’est adhérer - la plupart du temps sans le savoir - aux thèses théologiques de la création du monde... Mais l’admettre, c’est accepter que la civilisation inclut nécessairement dans sa recherche d’une vie plus douce et plus heureuse non seulement le recul de la souffrance animale, mais l’interdiction de toutes les formes de tortures infligées aux plus faibles que l’homme. Evidemment, que ce soit Le Pen qui soulève la question va contribuer à braquer ceux qui sont indifférents au sort des bêtes, et qui vont trouver là un argument à leur indifférence. On ne peut rien contre l’abrutissement volontaire des abrutis. Mais pour les autres, c’est un problème. En effet, que vaut pour les animaux d’être défendus par un homme dont le programme politique se fonde sur l’irrespect pour les autres hommes ? Comment quelqu’un qui parle des attentats du 11 septembre qui ont fait plus de trois mille morts comme d’un incident et des chambres à gaz comme d’un point de détail de notre histoire peut-il s’indigner des conditions de transport des animaux de boucherie ? C’est évidemment une provocation supplémentaire. Dans la même émission, Le Pen a défendu le collège musulman de Lyon, créé à l’instigation de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), où toutes les filles iront voilées. Qu’on approuve qu’un être humain soit réduit à une impureté qui doive aller à l’école dissimulée sous un voile tout en s’indignant du sort fait aux bêtes révèle au mieux une pensée chaotique, au pire, un cynisme idéologique qui n’est pas sans rappeler les délicatesses de Hitler, premier promulgateur des lois de protection animale. Le jour où la gauche aura compris, elle aussi, que s’humaniser, c’est aussi s’animaliser, elle aura fait un petit bond en avant. Le Pen - qui ne se fait guère d’illusions sur le soutien que pourrait lui apporter ce qu’il appelle le « lobby juif » -, en défendant les animaux, cherche à capter un lobby bien plus large encore, celui des solitaires à animal... Réduire la question de la cohabitation des animaux et des hommes* à un débat pour ou contre Le Pen est une sorte de suicide intellectuel et politique. C’est oublier que la vertu romaine a disparu corps et bien dans les cirques où se mélangeaient les sangs des animaux et des hommes.
Philippe Val
* Ce n’est pas Le Pen qu’il faut interroger sur ce sujet, mais une de nos grandes philosophes, Elisabeth de Fontenay, dont le magnifique ouvrage Le Silence des bêtes, la philosophie à l’épreuve de l’animalité, aux éditions Fayard, est une référence en la matière.
Post Scriptumvoir également les Puces de Luce lapin ici
Une réaction à la suite de la parution de cet article :
"Monsieur Val,
Sur le fond, ce que vous dites dans cet article me paraît très juste, la défense des animaux n’a rien à voir avec l’extrême-droite et la façon dont le Front National tente de récupérer cette cause ne devrait tromper personne.
Pourtant, il me semble que vous ajoutez vous-même de l’eau à l’intox que vous dénoncez, quand vous dites qu’Hitler aurait été le "premier promulgateur" de lois de protection animale. Il serait temps d’en finir avec ce mythe, digne du Nouvel Observateur qui le colporte à l’occasion, mais pas digne de vous, et dont on peut penser que la finalité est de discréditer la cause animale.
Et le Cruel and Improper Treatment of Cattle Act promulgué en Angleterre en 1822 ? Et le Cruelty to Animals Act de 1876 ? Et la Loi Grammont, promulguée en France en 1850 ? Qu’en faites-vous ?
Quant aux prétendues lois nazies en faveur des animaux, Monsieur Val, pourriez-vous m’en citer ne serait-ce qu’une seule ?
En espérant que vous apporterez un correctif. Avec mes sincères salutations.
Marc Rozenbaum"
voir également : http://psychanalyse-et-animaux.over...
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